Hervé SaulignacEn Ardèche se trouve le mont Gerbier de Jonc, très joli dôme volcanique sur la montagne. Autrefois, on apprenait à l'école que la Loire prend sa source au mont Gerbier de Jonc. On ne l'apprend plus mais ce n'est pas très grave, parce que près de 500 000 visiteurs se pressent chaque année pour visiter ce site magnifique. Les touristes sont d'ailleurs bien plus nombreux que les habitants, qui ne sont que quelques milliers autour du Gerbier. Ils sont tellement nombreux, ces touristes, qu'on finit par en oublier quelque peu les habitants, ce qui m'amène à vous poser la question qui suit.
Cela fera bientôt cent ans que ce site est classé – puisqu'il l'est depuis 1933, pour être exact. Mais comme cela ne suffisait pas, on a empilé les couches. La Montagne ardéchoise, c'est un gros millefeuille de dispositifs : un espace naturel sensible, une zone Natura 2000, deux Znieff – zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique –, un parc naturel régional, un géoparc Unesco, un territoire soumis aux obligations de la loi « montagne », bien entendu, et deux sites emblématiques classés – le mont Gerbier et le mont Mézenc.
C'est vrai, on a bien protégé les plantes, les animaux, les maisons, les paysages et les ruisseaux, tellement bien d'ailleurs qu'on en a oublié une espèce vivante, pourtant en voie de disparition dans ce territoire : l'espèce humaine. Et je viens aujourd'hui vous demander d'entendre cette espèce humaine.
Les habitants de la Montagne ardéchoise sont inquiets de la procédure que l'État a lancée. Alors que ce territoire ne manque pas de contraintes, l'État veut en ajouter une supplémentaire en étendant le périmètre de classement du mont Gerbier de Jonc.
En l'état, 45 hectares sont classés mais le projet d'arrêté de classement conduirait à en classer 4 400 ! Vous ne trouverez pas un Ardéchois qui ne soit pas attaché à ce site ou qui ne voudrait pas le protéger. Mais là, c'est trop et cela n'a plus de sens.
Les habitants de la Montagne ardéchoise et du périmètre du Gerbier veulent qu'on protège leurs emplois, leurs écoles, leurs médecins, leurs paysans, leur droit à construire, leurs routes, leurs commerçants et leurs entreprises. C'est leur vie quotidienne qu'ils aimeraient voir protégée. Et au lieu de cela, vous durcissez encore davantage la cloche sous laquelle ils vont finir par étouffer. L'environnement et le patrimoine sont déjà bien protégés dans ce secteur. Il est temps à présent de penser aux Ardéchois de la montagne.
Entendez donc les habitants et leurs élus qui vous réclament, non pas un classement de plus, mais des mesures pour stopper la déprise, pour arrêter le départ des jeunes, pour limiter le nombre de résidences secondaires, pour attirer des habitants. Car la seule vraie menace qui pèse sur la Montagne ardéchoise, c'est la désertification et la disparition des habitants. Donnez à ce territoire des perspectives d'avenir et commencez par renoncer à cette opération d'extension du périmètre de classement du Gerbier de Jonc.