Bertrand SorreDans ma circonscription du Sud Manche et plus largement sur le littoral ouest du département de la Manche, les effets du changement climatique pèsent lourdement sur la pêche artisanale. L'évolution rapide des conditions environnementales engendre une modification de la ressource, se traduisant notamment par une raréfaction préoccupante du bulot, qui inquiète fortement les pêcheurs.
La baie de Granville, avec le port de Granville et sa criée, demeure pourtant la première région française et européenne pour la pêche au bulot. Traditionnellement durable et rigoureusement encadrée par tous les acteurs locaux, elle subit de plein fouet les variations de température observées ces derniers mois.
Le bulot se fait rare et une grande majorité, voire la totalité des pêcheurs voient leur activité fortement ralentir. Cette situation affecte près de trente bateaux ; les armateurs comme les équipages voient se réduire les perspectives d'avenir dans cette pêche spécifique. Les conséquences sont d'ores et déjà palpables : le 3 mars dernier, l'entreprise conchylicole Kermarée, spécialisée dans la cuisson du bulot et basée à Blainville-sur-Mer, a été placée en redressement judiciaire, en raison de la faible ressource en bulots.
En parallèle, alors que le Brexit, en 2020, a eu pour conséquence de limiter le nombre de jours et les périodes de pêche dans les eaux des îles Anglo-Normandes, Jersey va créer de nouvelles aires marines protégées, des AMP, dans ses eaux souveraines à compter du 1er septembre 2026 – c'est demain. Dans ces zones, les arts traînants – le chalutage – ne seront plus autorisés, alors que ces eaux sont aujourd'hui très fréquentées par les pêcheurs français. Cette nouvelle réduction des zones autorisées à la pêche sera une catastrophe pour la flotte artisanale française.
En outre, les mauvaises nouvelles n'arrivant jamais seules, la France travaille à l'établissement d'autres zones de protection forte, actuellement à l'étude par les services déconcentrés de l'État français, notamment autour et dans l'archipel des îles Chausey, ce qui constitue des perspectives dramatiques. Sur les quais, certains évoquent d'ores et déjà la mort de ces métiers – celle de la petite pêche artisanale –, pourtant emblématiques du littoral manchois et pourvoyeurs d'emplois comme de ressources majeures pour l'économie locale.
Vous l'imaginez bien, les pêcheurs de la côte ouest comme les élus locaux expriment une inquiétude grandissante. Ils craignent pour l'équilibre économique de leurs entreprises et, chez certains, forcément, la colère gronde.
Il est indispensable de porter une attention particulière à ces situations individuelles, aux conséquences graves pour chacun, et d'y apporter très rapidement des solutions.
Je pense notamment à un plan de sortie de flotte, à des dispositifs de reconversion ou encore à la suspension des nouvelles zones de protection forte dans l'archipel de Chausey. Le dialogue avec l'ensemble des professionnels et des élus concernés doit être une priorité : il est urgent qu'il se matérialise.
C'est pourquoi j'alerte le gouvernement depuis plusieurs mois sur cette situation. J'aimerais obtenir des réponses, des engagements et des actes. J'ai écrit : pas de réponse ; j'ai déposé une question écrite publiée au Journal officiel : aucune réponse. Ce matin, j'aimerais connaître les intentions du gouvernement pour accompagner et préserver l'avenir de la filière de la pêche artisanale dans le département de la Manche, aujourd'hui en grand danger. Vous l'aurez compris : ma question est une sorte de cri d'alerte.