Julien OdoulJe vais vous parler d'un département où l'avenir se ferme dès le plus jeune âge. Un département où un élève de sixième a moins de 73 % de chances d'obtenir le baccalauréat – l'un des taux les plus faibles de France –, un département dernier de son académie aux évaluations nationales de sixième, en français comme en mathématiques, un département dont l'indice de position sociale des écoles est inférieur à la moyenne académique comme à la moyenne nationale. Un département dont l'inspection générale de l'éducation nationale signalait les difficultés structurelles il y a déjà plus de vingt ans. Ce département n'est pas la Seine-Saint-Denis ; c'est l'Yonne, mon département.
Près de quarante classes y sont menacées de fermeture. Je me fais aujourd'hui le porte-parole des quarante-trois communes de l'Yonne et des trente-neuf écoles touchées. Dans ma circonscription, ce sont les communes de Chéroy, Rosoy, Saint-Martin-du-Tertre, Sergines, Pont-sur-Yonne, Saint-Valérien, Béon, Chamvres, Paron, trois écoles à Joigny, cinq écoles à Sens. Derrière chaque nom, il y a des enfants, des familles, des enseignants, une commune qui se bat.
Ce n'est pas un accident. Carte scolaire 2024 : trente-six fermetures. Carte scolaire 2025 : vingt-trois fermetures. En dix ans, plus de 250 classes supprimées d'un trait de plume. En juillet 2017, Emmanuel Macron promettait qu'aucune classe ne fermerait en milieu rural. Comme d'autres promesses, celle-ci a été purement et simplement enterrée.
Oui, l'Yonne a perdu 17 % de ses écoliers entre 2013 et 2023. Mais cette baisse d'effectifs devrait être une chance : mieux enseigner, mieux accompagner, favoriser l'inclusion. Au lieu de cela, vous fermez, vous supprimez, vous condamnez.
Le 12 février dernier, monsieur le ministre, vous écriviez aux parents d'élèves que l'école devait être « un lieu où chaque enfant puisse grandir et apprendre en paix ». Permettez-moi de mettre ces mots en regard des actes. Le collège Gaston-Ramon de Villeneuve-l'Archevêque est classé Territoire éducatif rural, un label créé par vos services pour protéger les zones les plus fragiles. Or c'est ce collège que vous menacez de fermetures de classes, pour atteindre prochainement trente et un élèves par salle. Que protège ce label, s'il n'est qu'un panneau à l'entrée de l'établissement ?
À Saint-Martin-du-Tertre, la commune a investi plus de 1 million d'euros dans la rénovation complète de l'école Jules-Ferry. Un million d'euros ! Et votre réponse : fermer. Quand les communes investissent, l'éducation nationale désinvestit et détricote. Neuf enfants de l'institut médico-éducatif y sont scolarisés chaque matin, leur inclusion serait directement compromise.
À l'école Rigault de Sens, si la fermeture est entérinée, il restera trois classes pour cinq niveaux. Trois enseignants pour faire tenir cinq programmes dans trois salles : c'est ce que votre administration appelle, je suppose, l'amélioration de l'encadrement.
Je vous demande aujourd'hui, une fois de plus, de protéger l'école rurale en mettant fin à cette saignée absurde. Nos élèves, nos enfants ne sont pas des variables d'ajustement budgétaire, des chiffres sur un tableur ou des statistiques. Ils sont l'avenir de nos villages, l'avenir de la ruralité, l'avenir de la France.
Jeudi, devant l'école de Rosoy à 16 h 30, je me mobiliserai contre la fermeture d'une classe. Viendrez-vous avec moi, monsieur le ministre ? Viendrez-vous expliquer à ces parents que leurs enfants ne méritent pas une classe, qu'ils ne méritent pas une éducation de qualité et de proximité ? Viendrez-vous dire aux professeurs que leurs conditions de travail seront encore dégradées ? Viendrez-vous expliquer aux élus que leur commune va perdre des habitants et de l'attractivité ?