Sophie MetteDans le grand projet ferroviaire du Sud-Ouest, l'utilité réelle, mais également le coût et les impacts environnementaux du tronçon Bordeaux-Dax, soulèvent beaucoup d'interrogations.
L'efficacité même du projet est mise en doute. Les chiffres sont connus : la ligne à grande vitesse permettrait de réaliser ce trajet en quarante-neuf minutes environ, contre cinquante-quatre avec la ligne existante modernisée ; en pratique, si l'on tient compte des arrêts et des ralentissements, le trajet prendrait plutôt cinquante-cinq minutes – autrement dit, aucun gain réel, voire un temps de trajet plus long.
En outre, l'alternative de la modernisation de la ligne existante est crédible ; déjà engagée à 80 %, elle permettrait d'atteindre des performances comparables pour un coût largement inférieur : 500 millions d'euros, contre 3,7 milliards pour la LGV. Dans le contexte budgétaire que nous connaissons, cette différence mérite d'être prise en compte.
Des questions se posent également sur les besoins. La ligne existante n'est saturée ni pour les voyageurs, ni pour le fret, et rien n'indique qu'elle le sera à moyen terme, à un horizon prévisible. Le trafic fret reste d'ailleurs très inférieur à ce qu'il a pu être par le passé.
Le gouvernement a récemment réaffirmé son soutien au projet de ligne nouvelle du Sud-Ouest, tout en indiquant que la situation des finances publiques conduisait à revoir les coûts, le calendrier et les modalités de réalisation. Le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures, rendu public début avril 2026, relève de son côté que les délais ne seront pas tenus et que le coût des travaux sera de 20 % supérieur aux prévisions initiales. Le coût envisagé par la Société du grand projet ferroviaire du Sud-Ouest est quant à lui incomparablement plus élevé en raison des incertitudes sur la capacité de l'État à tenir ses engagements.
Dans ce contexte, nous nous interrogeons sur la place et sur la pertinence de certaines composantes du projet, notamment le tronçon Bordeaux-Dax. Madame la ministre, le gouvernement envisage-t-il de réexaminer son opportunité et de mettre en pause le projet, le temps d'évaluer sérieusement les autres solutions, notamment la modernisation des infrastructures existantes, ainsi que le coût réel des travaux ?