LIGNE À GRANDE VITESSE ENTRE BORDEAUX ET DAX
M. le président. La parole est à Mme Sophie Mette, pour exposer sa question, no 692, relative à la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Dax.
Mme Sophie Mette. Dans le grand projet ferroviaire du Sud-Ouest, l'utilité réelle, mais également le coût et les impacts environnementaux du tronçon Bordeaux-Dax, soulèvent beaucoup d'interrogations.
L'efficacité même du projet est mise en doute. Les chiffres sont connus : la ligne à grande vitesse (LGV) permettrait de réaliser ce trajet en quarante-neuf minutes environ, contre cinquante-quatre avec la ligne existante modernisée ; en pratique, si l'on tient compte des arrêts et des ralentissements, le trajet prendrait plutôt cinquante-cinq minutes – autrement dit, aucun gain réel, voire un temps de trajet plus long.
En outre, l'alternative de la modernisation de la ligne existante est crédible ; déjà engagée à 80 %, elle permettrait d'atteindre des performances comparables pour un coût largement inférieur : 500 millions d'euros, contre 3,7 milliards pour la LGV. Dans le contexte budgétaire que nous connaissons, cette différence mérite d'être prise en compte.
Des questions se posent également sur les besoins. La ligne existante n'est saturée ni pour les voyageurs, ni pour le fret, et rien n'indique qu'elle le sera à moyen terme, à un horizon prévisible. Le trafic fret reste d'ailleurs très inférieur à ce qu'il a pu être par le passé.
Le gouvernement a récemment réaffirmé son soutien au projet de ligne nouvelle du Sud-Ouest, tout en indiquant que la situation des finances publiques conduisait à revoir les coûts, le calendrier et les modalités de réalisation. Le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures, rendu public début avril 2026, relève de son côté que les délais ne seront pas tenus et que le coût des travaux sera de 20 % supérieur aux prévisions initiales. Le coût envisagé par la Société du grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (SGPSO) est quant à lui incomparablement plus élevé en raison des incertitudes sur la capacité de l'État à tenir ses engagements.
Dans ce contexte, nous nous interrogeons sur la place et sur la pertinence de certaines composantes du projet, notamment le tronçon Bordeaux-Dax. Madame la ministre, le gouvernement envisage-t-il de réexaminer son opportunité et de mettre en pause le projet, le temps d'évaluer sérieusement les autres solutions, notamment la modernisation des infrastructures existantes, ainsi que le coût réel des travaux ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté.
Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Comme vous l'avez rappelé, mon collègue ministre des transports, Philippe Tabarot, a missionné le Conseil d'orientation des infrastructures en vue de dresser un état des lieux précis des infrastructures de notre pays. Ce rapport, réalisé par un collectif consultatif d'experts et de parlementaires, vise à éclairer les choix publics. Ces décisions appartiennent au gouvernement et seront annoncées après la remise officielle du rapport, qui n'a pas encore eu lieu.
La nouvelle ligne du Sud-Ouest est un projet d'intérêt public majeur, au service de millions de nos concitoyens. De nombreux élus, en particulier en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, y voient une transformation profonde qui permettra d'améliorer l'accessibilité et l'attractivité de leurs territoires. Ce projet n'est pas imposé, il est coconstruit avec les collectivités et les régions.
Les études sur les alternatives et sur la modernisation des lignes existantes ont été actualisées en 2021. Elles concluent de nouveau que, pour des performances comparables, une modernisation coûterait plus cher que la réalisation de nouvelles lignes, sans parler des contraintes que les travaux de modernisation feraient peser sur les circulations.
Ce projet s'inscrit également dans celui d'un réseau ferroviaire stratégique de l'Union européenne. Il est attendu dans la péninsule ibérique et bénéficie d'un fort soutien de nos partenaires européens.
La question du financement mérite une réponse sérieuse et structurée, et plusieurs pistes sont à l'étude avec les différents cofinanceurs. Pour le ministre, renoncer à ce projet reviendrait non seulement à tourner le dos à nos territoires, mais aussi à fragiliser notre place dans l'Europe des mobilités.
M. le président. La parole est à Mme Sophie Mette.
Mme Sophie Mette. Vous n'avez pas répondu à la question sur le tronçon Bordeaux-Dax. Il est important d'évoquer aussi la mobilité quotidienne de nos concitoyens, au cœur des territoires ; elle trop souvent oubliée par les ministres du transport.