Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la citoyenneté. Vous avez raison : le permis de conduire est un facteur de liberté et d'émancipation ; son objectif est également de garantir la sécurité de chacun. La révision de cette fameuse directive sur le permis de conduire, que j'ai votée quand j'étais députée européenne, fait partie du paquet dit « sécurité routière » présenté en 2023 par la Commission européenne. Il vise à établir des mesures juridiques communes, ce qui est important pour la reconnaissance et la délivrance des permis de conduire dans l'Union européenne. Il s'agit de renforcer la sécurité routière, de tenir compte des évolutions technologiques et de faciliter la libre circulation.
La directive du Parlement européen et du Conseil relative au permis de conduire donne aux États membres un délai de quatre ans pour en transposer les mesures dans leur droit. Lors des négociations au Conseil, un des principaux enjeux, pour la France, concernait le contrôle de l'aptitude médicale à la conduite. Les discussions ont porté sur la mise en place d'un contrôle médical obligatoire, par un médecin, pour la délivrance et pour le renouvellement du permis. La France, avec d'autres États membres, a notamment soutenu l'introduction de modalités alternatives à cet examen médical obligatoire car les bénéfices d'un tel examen périodique pour la sécurité routière ne sont pas clairement établis.
Une généralisation de l'examen médical d'aptitude nécessiterait de plus, ainsi que vous l'avez évoqué, un recours au médecin traitant, ce qui représenterait environ 2,5 millions d'avis médicaux supplémentaires par an. Elle ferait peser une charge excessive sur le système de santé, notamment dans les zones rurales accusant déjà d'importantes difficultés d'accès aux médecins.
Une bonne conduite automobile est néanmoins une exigence pour la sécurité des autres comme pour la sienne. Elle requiert du conducteur qu'il soit juridiquement et médicalement apte. Sans attendre la directive européenne, l'arrêté du 28 mars 2022 a mis à jour la liste des affections médicales incompatibles, temporairement ou définitivement, avec la conduite. Il a innové, en donnant la possibilité de conduire à des personnes ayant des affections médicales graves, parfois des handicaps importants, sous réserve d'aménagements pouvant être réalisés dans les véhicules. Le contrôle médical périodique a par ailleurs été supprimé à chaque fois que cela était possible.
La rédaction de l'article 11 de la directive, vous l'avez dit, prévoit un contrôle médical auquel les États membres peuvent cependant préférer l'autoévaluation. Il revient donc à la France de choisir entre contrôle médical et autoévaluation obligatoire. À ce jour, le gouvernement privilégie cette dernière solution, dans un cadre qui reste à déterminer. Il s'agit de responsabiliser le conducteur, qui, avant de prendre le volant, doit se poser les bonnes questions sur son état de santé.