Laure MillerJe souhaite attirer votre attention sur le contexte singulier dans lequel s'inscrit un projet de parc agrivoltaïque sur les communes de Rosnay, Germigny et Treslon, dans la 2e circonscription de la Marne. Au préalable, je souhaite dire que je suis pleinement favorable au développement des énergies renouvelables – là n'est pas le problème – et associer à ma question les trois sénateurs de mon département, avec qui je partage la même vision des choses sur ce sujet.
Ce projet prévoit l'implantation de près de 33 000 panneaux solaires sur 40 hectares de terres agricoles productives. Situé dans la zone d'engagement du bien « Coteaux, maisons et caves de Champagne », inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2015, il est en covisibilité directe avec ce vignoble classé. La mission Unesco a formulé des réserves et l'enquête publique a recueilli plus de 280 contributions, dont 95 % sont défavorables. Les communes concernées se sont prononcées contre le projet à deux reprises, en 2021, puis en 2026, et leurs élus ont été reconduits lors des dernières élections municipales.
Ce projet contredit le schéma de cohérence territoriale du Grand Reims, la charte photovoltaïque de la mission Unesco et le document-cadre départemental de la chambre d'agriculture, d'autant que l'on recense plusieurs centaines d'hectares disponibles sur des surfaces alternatives. La programmation pluriannuelle de l'énergie, publiée en février, rappelle que les parkings, les bâtiments et les friches doivent être prioritairement mobilisés avant toute implantation sur des terres agricoles.
Par ailleurs, le projet pose un problème au regard de notre mémoire nationale, puisqu'il se situe sur l'un des terrains d'aviation militaire les plus importants du front occidental pendant la première guerre mondiale. Enfin, il semble s'exonérer du décret du 8 avril 2024 au titre de l'antériorité d'un permis qui a pourtant été modifié.
Ma première question porte sur la place des élus locaux et des documents de planification dans ce type de projets et de procédures. La transition énergétique ne peut réussir sans l'adhésion des territoires, mais le cadre juridique actuel place les élus locaux dans une position paradoxale. D'un côté, on leur demande de planifier le déploiement des énergies renouvelables et d'identifier les sites compatibles, mais de l'autre, leur opposition formelle et répétée à un projet privé ne leur confère aucun levier juridique. Les conseils municipaux, reconduits par la population, ont voté deux fois contre ce projet. Les documents de planification qu'ils ont adoptés convergent tous, mais ils ne sont pas opposables !
Ce déséquilibre nuit à la transition énergétique car imposer des projets contre la volonté des territoires entraîne des conflits durables, fragilise l'acceptabilité sociale des énergies renouvelables et peut décourager des élus qui voudraient développer des projets vertueux. Comment le gouvernement pourrait-il faire davantage confiance aux élus locaux, en leur donnant un poids juridique dans les décisions d'autorisation des projets d'énergies renouvelables ? Plus largement, comment le gouvernement entend-il rééquilibrer la relation entre les porteurs de projet privés et les élus locaux, afin que les territoires organisent leur propre transition énergétique ?
Ma deuxième question porte sur la protection des biens inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous avons beaucoup de biens inscrits en France, mais ils ne bénéficient d'aucune protection législative contraignante. Ne pourrait-on pas conférer aux avis de l'Unesco une valeur juridiquement contraignante pour ne pas fragiliser l'intégrité de nos inscriptions, qui sont très importantes pour nous ?