Alexandre DufossetMonsieur le ministre de l'éducation nationale, c'est dans l'académie de Lille que l'on supprimera, à la rentrée de septembre 2026, le plus de postes d'enseignants : 245 dans le primaire, 167 dans le secondaire. Pour ma circonscription du Cambrésis, les conséquences sont bien réelles. Sur quatre-vingt-quatre communes, treize se trouvent menacées ! Or, quand une classe ferme – et cette année, dans ma circonscription, seize classes devraient fermer –, la vie même de la commune risque de s'éteindre, en particulier dans les zones rurales, comme le Cambrésis, le Caudrésis et le Catésis.
À l'heure où je vous parle, les habitants de Bantigny, Busigny, Cambrai, Caudry, Crèvecœur-sur-l'Escaut, Escaudœuvres, Estrun, Gouzeaucourt, Honnecourt-sur-Escaut, Le Cateau-Cambrésis, Malincourt, Paillencourt, Troisvilles, les élus – notamment des maires parfois en poste depuis quelques jours –, les enseignants, les familles et bien sûr les enfants sont plongés dans une situation de crise, avec tout ce que cela implique : incompréhension, incertitude, angoisse, colère, découragement. Fermer une classe, c'est mettre brutalement fin à des années de travail, de défense du cœur vivant d'un village, d'un idéal touchant l'apprentissage des adultes de demain.
Cette situation est en partie due aux évolutions démographiques. J'en suis conscient autant que vous ; les élus, les parents, les enseignants en sont conscients autant que vous. En France, aujourd'hui, on ne fait pas assez d'enfants. Tout cela est vrai, mais s'en tenir au constat serait trop facile : il faut chercher les causes, y remédier. Vous êtes là pour ça. La concertation suivant la présentation de la carte scolaire n'a malheureusement rien changé ; c'est la raison pour laquelle j'ai proposé aux élus concernés une réunion avec le directeur académique des services de l'éducation nationale, dont j'attends toujours la réponse.
Monsieur le ministre, comment s'étonner qu'on ne fasse pas assez d'enfants quand on rabote le quotient familial, quand les allocations familiales ne suivent pas le coût de la vie, quand les places en crèche sont insuffisantes, quand se multiplient les fermetures de maternités ? Comment s'étonner, quand les voitures familiales sont frappées de malus toujours plus lourds ; quand, même dans les zones rurales, le revenu de deux CDI ne suffit pas pour se loger, pour affronter la hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation ; quand on vit sous la menace de la délocalisation, du licenciement économique, à cause des normes et du racket fiscal qui étouffent les entreprises, petites ou grandes ? Bref, comment s'étonner qu'on ne fasse pas assez d'enfants quand les politiques publiques donnent le sentiment que l'enfant ne constitue plus une priorité nationale ?
Pour ces treize communes de ma circonscription, l'ampleur de la crise dépend de vous. Vous avez le pouvoir de limiter la casse. Il serait naïf de demander que les seize classes soient maintenues, mais combien de communes êtes-vous prêt à sortir de la crise ? La raison voudrait que vous décidiez cette année un moratoire et que la question des fermetures de classes soit tranchée par les Français eux-mêmes l'année prochaine, lors de l'élection présidentielle.