Karine LebonMadame la ministre des outre-mer, j'ai écouté avec attention les réponses formulées par le gouvernement sur la crise du logement à La Réunion. Sachez que j'ai été profondément heurtée par leur froideur. Pas un mot pour celles et ceux qui vivent cette crise au quotidien, pas un mot pour ces parents qui appellent le 115 et qui n'ont d'autre choix que de dormir dans leur voiture ou sous les ponts avec leurs enfants. Pas un mot pour les familles entassées dans des logements indignes, pour les personnes âgées qui vieillissent dans des logements inadaptés, pour les jeunes empêchés de prendre leur autonomie, pour les travailleurs pauvres contraints de dormir chez des proches. Pas un mot pour toutes ces vies suspendues.
Je vous demande donc aujourd'hui solennellement de ne pas nous opposer encore une fois les mêmes éléments de langage et les termes de « pilotage », « première enveloppe », « mesures de gestion » ou encore « plan à venir ». L'urgence vécue par les Réunionnaises et les Réunionnais exige des engagements précis, concrets et immédiats.
Votre gouvernement a imposé, sans aucune concertation, une diminution drastique de plus de 60 % de l'enveloppe de la ligne budgétaire unique pour La Réunion, la faisant tomber à seulement 27 millions d'euros en 2026. Cette décision a été prise sans considération suffisante pour les projets en cours ni pour les engagements des acteurs du logement social dans notre territoire. Pourtant, les projets sont là. Les bailleurs ont déjà identifié 70 millions d'euros de besoins, et les moyens qu'ils demandent serviront à lancer des projets prêts, attendus et indispensables.
Les crédits réellement disponibles ne correspondent plus au budget annoncé, qui prévoyait 236 millions d'euros en autorisations d'engagement pour le logement outre-mer. Ce montant était déjà en recul de 11 % par rapport à 2025, mais les notifications adressées aux préfets aggravent encore brutalement cette baisse.
Vous nous dites que l'État ne recule pas, mais permettez-moi d'en douter : sur le terrain, les chiffres racontent tout autre chose. La programmation de logements locatifs sociaux à La Réunion est passée de 3 142 logements au premier trimestre 2025 à seulement 111 au premier trimestre 2026.
Il s'agit d'un véritable coup d'arrêt. Et, pendant que les crédits se réduisent, la détresse, elle, augmente. Près de 150 000 personnes sont aujourd'hui non ou mal logées à La Réunion ; plus de 2 500 personnes sont sans domicile ; plus de 1 300 enfants n'ont pas été pris en charge par le 115 l'an dernier. Au total, ce sont près de 200 000 Réunionnaises et Réunionnais qui sont fragilisés par la crise du logement. Et cette crise humaine est aussi une crise économique pour toute la filière du BTP : jusqu'à 4 500 emplois directs, indirects et induits pourraient être menacés.
Madame la ministre, par cette décision, vous mettez en danger tout un peuple et fragilisez une fois de plus la confiance dans la parole de l'État. Pouvez-vous vous engager à dégeler les crédits pour atteindre au moins les 70 millions d'euros correspondant aux opérations déjà déposées par les bailleurs sociaux ? Pouvez-vous nous dire concrètement comment le nouveau plan Logement que vous allez probablement évoquer bénéficiera à La Réunion ? Avez-vous enfin des annonces précises à faire pour notre territoire ? Vous l'aurez compris, nous attendons des crédits, un calendrier et des engagements ; en bref, une réponse réelle à la détresse des Réunionnaises et des Réunionnais car, en définitive, c'est à eux que vous devez des réponses.