Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Vous m'interrogez sur la récente élection, le 1er avril dernier, au conseil d'administration du Cnous, d'un étudiant représentant l'association des Étudiants musulmans de France. Cette élection, puisque nous vivons dans un État de droit, s'est inscrite dans le cadre des règles prévues par la loi qui garantissent le pluralisme de la représentation étudiante. Elle ne saurait donc être remise en cause dès lors que les dispositions légales et réglementaires ont été strictement respectées, ce qui est le cas en l'espèce.
Concernant l'activité de l'EMF et les risques d'entrisme, mon ministère, avec l'ensemble des services de l'État, est très attentif, depuis plusieurs années, à son évolution et aux tentatives d'institutionnalisation, y compris par d'éventuels rapprochements avec d'autres structures. C'est ce qu'il s'est passé aux dernières élections du Cnous. Cette situation résulte d'une alliance entre un syndicat étudiant radical, la FSE – Fédération syndicale étudiante –, proche de LFI, et ce syndicat communautaire. C'est leur alliance qui a permis l'élection d'un suppléant, sur les cinquante-quatre membres titulaires et suppléants du conseil d'administration du Cnous.
Vous parlez des récents travaux des services de renseignement en amalgamant par ailleurs la situation au sein de l'éducation nationale et celle au sein de l'enseignement supérieur. Ces travaux n'évoquent que très marginalement les universités. La commission d'enquête sur l'entrisme islamiste, qui s'est tenue l'année dernière à l'Assemblée nationale à l'initiative du groupe UDR, ne dit pas les choses autrement, évoquant ainsi, toujours avec les services de renseignement, l'effet loupe sur le débat national des agissements d'une extrême minorité : rapporté à la population étudiante générale, leur nombre serait epsilonesque, pour reprendre les termes du rapport.
Au-delà de cette situation factuelle, je veux vous dire que mon ministère ne reste pas les bras croisés pour garantir, avec les outils à notre disposition, le strict respect du droit et des règles de la laïcité qui constituent un principe fondamental du service public de l'enseignement supérieur. À ce stade, aucun élément porté à ma connaissance ne permet de caractériser une atteinte à ces principes dans le fonctionnement des conseils d'administration du Cnous ou des Crous. Cela ne signifie pas, bien évidemment, qu'il ne faut pas être vigilant, et c'est bien le sens des consignes qui ont été données aux services du ministère et aux réseaux des œuvres. Les Crous disposent aussi de référents laïcité qui veillent à faire respecter les principes républicains dans l'ensemble des services offerts par le réseau – la restauration, les résidences, etc.
Je le répète solennellement : si les faits devaient être caractérisés, qu'il s'agisse d'une atteinte à la laïcité ou au bon fonctionnement du service public ou encore à l'ordre public, des suites appropriées seraient immédiatement engagées avec la plus grande fermeté. Je crois avoir fait preuve, depuis mon arrivée dans ce ministère, d'une résolution implacable sur le sujet et avoir sévi contre les actes antirépublicains d'antisémitisme ou d'apologie du terrorisme.