ÉTUDIANTS MUSULMANS DE FRANCE
M. le président. La parole est à M. Yoann Gillet, pour exposer sa question, no 753, relative aux étudiants musulmans de France.
M. Yoann Gillet. Monsieur le ministre, je souhaite attirer votre attention sur un sujet particulièrement préoccupant : l'entrée, en avril dernier, d'un représentant des EMF, les Étudiants musulmans de France, au sein du Centre national des œuvres universitaires et scolaires, le Cnous. Cette instance n'est pas n'importe quelle instance : il s'agit de l'une des plus importantes de l'enseignement supérieur. Elle pilote notamment les bourses étudiantes, les restaurants universitaires et les résidences étudiantes. Elle participe donc directement à l'organisation de la vie quotidienne de millions d'étudiants français. Or les EMF ne constituent pas non plus une simple association étudiante parmi d'autres. Selon des travaux récents, notamment ceux des services de renseignement français, cette organisation s'inscrit dans une mouvance coordonnée de l'islam politique qualifiée de « structure frériste » et menant une stratégie d'influence dans les milieux éducatifs, associatifs et étudiants. Le rapport sur les Frères musulmans et l'islamisme en France évoque d'ailleurs explicitement des logiques d'entrisme, de dissimulation et d'implantation progressive au sein des institutions.
Ce sujet intervient dans un contexte plus large de progression de l'islamisme dans notre société, particulièrement auprès d'une partie de la jeunesse. Des études récentes montrent ainsi un durcissement préoccupant des pratiques et des opinions chez une partie importante des jeunes musulmans français. Selon une enquête Ifop publiée en novembre 2025, un jeune musulman sur trois se dit proche du courant de pensée des Frères musulmans et une musulmane sur deux âgée de 18 à 24 ans porte le voile islamiste, soit trois fois plus qu'en 2003. Toutes tranches d'âge confondues, un musulman sur deux estime que la charia, la loi islamique, doit être appliquée dans le pays où il vit.
Dans le même temps, nous constatons partout un recul des repères liés à la laïcité, une banalisation des revendications communautaristes et une contestation croissante de la neutralité dans les espaces publics et universitaires. Dans ce contexte, l'élection d'un représentant des EMF au Cnous soulève de très nombreuses interrogations.
Comment garantir la neutralité des instances étudiantes face à des organisations dont certaines revendications remettent en cause les principes mêmes de laïcité et de neutralité du service public ? Comment éviter demain des pressions communautaristes sur des sujets comme les menus confessionnels, les salles de prière ou la segmentation des espaces au sein des universités et des Crous ?
Monsieur le ministre, face à cette situation, le gouvernement entend-il enfin prendre la mesure du risque d'entrisme islamiste dans l'enseignement supérieur ?Envisagez-vous d'ouvrir une enquête administrative approfondie sur les EMF, leurs financements et leurs liens organisationnels ? Enfin, êtes-vous favorable à l'instauration d'une charte de respect des principes de laïcité conditionnant l'accès aux élections étudiantes et aux instances de gouvernance universitaires ?
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Vous m'interrogez sur la récente élection, le 1er avril dernier, au conseil d'administration du Cnous, d'un étudiant représentant l'association des Étudiants musulmans de France. Cette élection, puisque nous vivons dans un État de droit, s'est inscrite dans le cadre des règles prévues par la loi qui garantissent le pluralisme de la représentation étudiante. Elle ne saurait donc être remise en cause dès lors que les dispositions légales et réglementaires ont été strictement respectées, ce qui est le cas en l'espèce.
Concernant l'activité de l'EMF et les risques d'entrisme, mon ministère, avec l'ensemble des services de l'État, est très attentif, depuis plusieurs années, à son évolution et aux tentatives d'institutionnalisation, y compris par d'éventuels rapprochements avec d'autres structures. C'est ce qu'il s'est passé aux dernières élections du Cnous. Cette situation résulte d'une alliance entre un syndicat étudiant radical, la FSE – Fédération syndicale étudiante –, proche de LFI, et ce syndicat communautaire. C'est leur alliance qui a permis l'élection d'un suppléant, sur les cinquante-quatre membres titulaires et suppléants du conseil d'administration du Cnous.
Vous parlez des récents travaux des services de renseignement en amalgamant par ailleurs la situation au sein de l'éducation nationale et celle au sein de l'enseignement supérieur. Ces travaux n'évoquent que très marginalement les universités. La commission d'enquête sur l'entrisme islamiste, qui s'est tenue l'année dernière à l'Assemblée nationale à l'initiative du groupe UDR, ne dit pas les choses autrement, évoquant ainsi, toujours avec les services de renseignement, l'effet loupe sur le débat national des agissements d'une extrême minorité : rapporté à la population étudiante générale, leur nombre serait epsilonesque, pour reprendre les termes du rapport.
Au-delà de cette situation factuelle, je veux vous dire que mon ministère ne reste pas les bras croisés pour garantir, avec les outils à notre disposition, le strict respect du droit et des règles de la laïcité qui constituent un principe fondamental du service public de l'enseignement supérieur. À ce stade, aucun élément porté à ma connaissance ne permet de caractériser une atteinte à ces principes dans le fonctionnement des conseils d'administration du Cnous ou des Crous. Cela ne signifie pas, bien évidemment, qu'il ne faut pas être vigilant, et c'est bien le sens des consignes qui ont été données aux services du ministère et aux réseaux des œuvres. Les Crous disposent aussi de référents laïcité qui veillent à faire respecter les principes républicains dans l'ensemble des services offerts par le réseau – la restauration, les résidences, etc.
Je le répète solennellement : si les faits devaient être caractérisés, qu'il s'agisse d'une atteinte à la laïcité ou au bon fonctionnement du service public ou encore à l'ordre public, des suites appropriées seraient immédiatement engagées avec la plus grande fermeté. Je crois avoir fait preuve, depuis mon arrivée dans ce ministère, d'une résolution implacable sur le sujet et avoir sévi contre les actes antirépublicains d'antisémitisme ou d'apologie du terrorisme.