Catherine RimbertMonsieur le ministre, je souhaite appeler votre attention sur une situation qui, sur le terrain, n'est plus simplement préoccupante, mais devient insoutenable pour de nombreux producteurs : celle de la filière française de la fraise. Au moment même où débute la pleine saison nationale, nos exploitants voient affluer sur les étals des fraises importées, principalement d'Espagne, à des prix défiant toute logique économique, parfois autour de 2,40 euros le kilo, voire moins de 1 euro la barquette de 500 grammes. Chacun comprend qu'à de tels niveaux, aucune exploitation française ne peut durablement s'aligner sans vendre à perte ou compromettre sa viabilité. Cette situation crée chez de nombreux producteurs – je pense tout particulièrement à ceux de ma circonscription, à Carpentras – un profond sentiment d'impuissance et d'injustice au moment même où leur production arrive sur le marché.
Dans le même temps, les producteurs subissent une hausse continue de leurs charges, qu'il s'agisse de l'énergie, des intrants, du transport ou encore de la main-d'œuvre, tandis que les aléas climatiques pèsent de plus en plus sur les rendements et sur la qualité de la production. Cette double pression économique et productive fragilise directement l'équilibre des exploitations et menace, à terme, le maintien même d'une production française compétitive. Elle décourage les investissements indispensables à la modernisation des exploitations et à la pérennité des savoir-faire agricoles.
Ce qui est aujourd'hui dénoncé par les professionnels, c'est une concurrence qu'ils qualifient d'asymétrique. Alors que la France laisse son marché totalement ouvert, certains de nos partenaires européens comme l'Allemagne mettent en œuvre, de manière directe ou indirecte, des mécanismes de régulation et de protection permettant de préserver le lancement de leur production nationale. Nos producteurs ont le sentiment de subir une concurrence dont les règles ne sont ni équitables ni réellement harmonisées, alors même qu'ils doivent répondre à des exigences sociales, environnementales et sanitaires particulièrement élevées. Il ne s'agit pas pour eux de réclamer un privilège, mais simplement de pouvoir vivre de leur travail, dans des conditions loyales, et de préserver une filière qui participe à notre souveraineté alimentaire, à l'emploi agricole local et à la vitalité de nombreux territoires. À travers elle, ce sont aussi des exploitations familiales, des emplois saisonniers et un modèle agricole de proximité qu'il convient de défendre.
Ma question est donc la suivante : le gouvernement entend-il agir pour rétablir des conditions de concurrence plus loyales au bénéfice de la filière française de la fraise et, le cas échéant, quels outils concrets compte-t-il mobiliser, et dans quels délais, afin d'éviter que cette filière ne soit durablement affaiblie, voire sacrifiée ?