Robert Le BourgeoisPartout en France, le prix de l'eau potable explose. En effet, l'augmentation des normes, le vieillissement des réseaux et l'obligation – récemment assouplie après avoir été introduite par la loi Notre – de transférer les compétences eau et assainissement vers les établissements publics de coopération intercommunale ont mécaniquement augmenté tant les factures des abonnés que les contraintes pesant sur les collectivités territoriales. Et les choses ne devraient pas s'améliorer !
Aujourd'hui, de nombreuses intercommunalités font face à une équation impossible : en récupérant les compétences eau et assainissement, beaucoup d'entre elles ont hérité de réseaux vétustes, qui nécessitent des travaux importants.
Avec la réforme de 2025, les abonnés sont doublement pénalisés : tandis que les redevances sur la performance des réseaux font augmenter leur facture, celles sur la consommation les incitent à réduire leur consommation. In fine, les collectivités, prises dans un effet de ciseau, voient baisser leurs recettes. Parallèlement, le mode de calcul de la redevance sur la performance des réseaux étant actualisé par rapport à l'année n + 1, les collectivités doivent attendre deux ans pour bénéficier des effets positifs des travaux qu'elles ont entrepris.
Enfin, les critères de versements des aides des agences de l'eau sont régulièrement critiqués pour leur manque de transparence, comme l'a souligné le récent rapport d'information du Sénat sur le sujet. Surtout, la contribution des agences de l'eau à l'Office français de la biodiversité porte gravement atteinte au principe selon lequel « l'eau paie l'eau » : en 2026, l'agence Seine-Normandie a reversé plus de 150 millions d'euros à l'OFB !
Cette situation pose problème dans tout le pays. C'est le cas singulièrement dans la communauté de communes Terroir de Caux, dans ma circonscription. Pour anticiper les obligations de la loi Notre, cette collectivité, exclusivement rurale, a récupéré les compétences eau et assainissement de son territoire fin 2019. Elle a alors découvert la réalité des chantiers qui l'attendaient : sites épuratoires non conformes, infrastructures vieillissantes et situations très disparates selon les communes. Alors que plus de 28 millions d'euros de dépenses – hors taxes – ont été engagés, la facture finale pourrait atteindre 50 millions.
Terroir de Caux est aujourd'hui dans une situation d'endettement intenable, à laquelle, sollicités par les élus, les services de l'État opposent malheureusement une rigidité mortifère. L'augmentation des factures – elles ont bondi de 25 % entre 2024 et 2025 –, renforce le cercle vicieux des impayés et le manque à gagner pour la collectivité. C'est pourquoi j'ai souhaité vous interpeller ce matin sur sa situation, particulièrement difficile.
Plus largement, il est urgent que nos territoires bénéficient de garanties de financement par les agences de l'eau, que leurs budgets soient sanctuarisés, que les critères d'éligibilité aux aides soient plus lisibles et que le mode de calcul des redevances soit réévalué. Tout cela afin que les collectivités et leurs habitants bénéficient immédiatement des travaux réalisés et des montants investis.