DÉCROCHAGE SCOLAIRE EN GUADELOUPE
Mme la présidente. La parole est à M. Elie Califer, pour exposer sa question, no 512, relative au décrochage scolaire en Guadeloupe.
M. Elie Califer. Je vous présente mes meilleurs vœux.
L'Union européenne a fixé comme objectif de réduire à moins de 9 % d'ici à 2030 le taux de jeunes quittant prématurément le système éducatif. En Guadeloupe, le décrochage scolaire est insupportable : il atteint 30 %, contre 7,6 % en Hexagone. En dépit des dispositifs de prévention et des initiatives innovantes, telles que les réseaux Foquale, pour « Formation Qualification Emploi », ou les missions de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS), déployées par l'éducation nationale et ses partenaires locaux, la déscolarisation précoce demeure un problème très préoccupant en Guadeloupe et menace la cohésion sociale.
Selon les données issues des journées défense et citoyenneté (JDC) auxquelles ils ont participé en 2019, 11,8 % des jeunes âgés de 16 à 26 ans rencontrent des difficultés dans le domaine de la lecture dans l'ensemble du territoire national, tandis qu'ils sont 30 % en Guadeloupe. Ces difficultés scolaires ne sont pas sans conséquences sur la capacité d'insertion des jeunes sur le marché du travail. Privés de perspectives professionnelles stables et durables, nombre d'entre eux sont happés par l'oisiveté et se tournent vers la rue et l'économie informelle, d'où peuvent émerger des comportements délictueux de délinquance et de violence. À cela s'ajoute une précarité sociale et financière insupportable qui fragilise l'équilibre psychologique des individus. L'ensemble de ces facteurs contribuent à l'insécurité qui gangrène dangereusement la Guadeloupe.
La lutte contre le décrochage scolaire constitue une priorité, dont l'objectif est de permettre à chacun de construire son avenir professionnel et de réussir son insertion dans la société. Au regard de la situation particulièrement alarmante des jeunes de Guadeloupe, les actions menées nécessitent un accompagnement renforcé et une adaptation des moyens aux réalités locales. Quels dispositifs le gouvernement prévoit-il afin de renforcer la lutte contre le décrochage scolaire en Guadeloupe et de garantir à tous les jeunes du territoire un accès effectif à un parcours éducatif ainsi qu'à une insertion sociale ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Vous avez entièrement raison. La prévention du décrochage scolaire revêt une importance capitale dans l'absolu, singulièrement en Guadeloupe où les indicateurs – vous avez cité ceux de 2019 – ont fait apparaître il y a quelques années une situation très préoccupante : en 2022, plus de 14 % des élèves de plus de 15 ans étaient encore concernés ; au lycée, le taux d'élèves décrocheurs atteignait 13 %, contre moins de 8 % au niveau national.
Vous le savez, je tâche d'être aussi lucide sur ce qui ne va pas que sur ce qui s'améliore. Face à la situation que je viens de décrire, l'académie de Guadeloupe a adopté une stratégie volontariste en 2023 et 2024, notamment avec les entreprises, en vue de faciliter l'insertion professionnelle des jeunes et de renforcer leur connaissance concrète des formations et des débouchés grâce à un circuit de découverte des métiers. L'objectif était de dynamiser le rattrapage de ceux qui se trouvaient en très grande difficulté. Cette action s'est traduite par la création de référents au sein des établissements. Elle a permis une amélioration objective de la situation.
Le diagnostic établi par l'académie en 2024 reposait sur l'ensemble des données concernant les lycées professionnels et les lycées généraux et technologiques. Il ciblait ceux qui présentaient les taux de décrochage les plus élevés afin d'en identifier les causes. En leur sein, des référents ont été systématiquement désignés pour accompagner les élèves en difficulté. Ces efforts portent leurs fruits : depuis l'année dernière, le taux de décrochage au sein de la voie professionnelle est désormais inférieur au niveau national – 13,5 % contre 16,2 % ; c'est aussi le cas pour le taux de jeunes ne satisfaisant pas l'obligation de formation, qui poursuit depuis trois ans une trajectoire descendante – de 4,2 % en 2022 à 3,6 % en 2023, contre 4,1 % au niveau national. Sous l'effet du plan auquel nous continuons à travailler, la situation s'améliore très nettement. Il faut poursuivre notre effort, surtout sur l'amont. Après avoir beaucoup travaillé sur le décrochage lui-même, nos efforts porteront désormais sur la lecture – disons, puisque c'est le sens de votre question, sur l'illettrisme au sens large, qu'ont contribué à révéler les JDC.
Mme la présidente. La parole est à M. Elie Califer.
M. Elie Califer. Nous n'avons peut-être pas les mêmes chiffres, monsieur le ministre. La situation reste très alarmante. Nous pensons qu'un véritable plan mérite d'être envisagé au lieu de systématiquement fermer des postes, compte tenu de la situation particulière des territoires guadeloupéens.