ACCÈS AUX SOINS DANS LES TERRITOIRES RURAUX
Mme la présidente. La parole est à Mme Michèle Martinez, pour exposer sa question, no 644, relative à l'accès aux soins dans les territoires ruraux.
Mme Michèle Martinez. Ma question s'adresse à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Les Pyrénées-Orientales comptent de nombreuses zones rurales isolées, confrontées à une désertification médicale particulièrement préoccupante. C'est le cas de la quatrième circonscription, que j'ai l'honneur de représenter. La population y est vieillissante, ce qui accentue les besoins de suivi médical régulier et de proximité. Les habitants rencontrent des difficultés croissantes pour obtenir des rendez-vous, accéder à un médecin traitant ou simplement bénéficier d'une prise en charge rapide. Cela conduit à un renoncement aux soins, et c'est inacceptable. Les Catalans ne sont pas des citoyens de seconde zone et, qu'ils vivent à Perpignan ou dans la montagne, ils ont droit à une couverture de santé digne de ce nom.
Des initiatives existent déjà sur le terrain. Je pense notamment aux dispositifs de médecine itinérante, comme le Médicobus, qui permettent d'aller au plus près des populations dans les zones sous-dotées de mon département et de ma circonscription. Ce dispositif offre des solutions concrètes afin d'améliorer l'accès aux soins dans les zones rurales et de montagne. Le développement de solutions fondées sur des box médicales peut également constituer une alternative utile lorsqu'aucune offre médicale permanente n'existe localement.
Ces box s'apparentent à de mini cabinets médicaux autonomes, installés dans une commune. Cette solution ne remplace évidemment pas la présence humaine, indispensable à la qualité du suivi médical, mais elle répond à des besoins immédiats. Hélas, il n'existe qu'une seule box dans les Pyrénées-Orientales. À Perpignan, une cabine de téléconsultation est également disponible ; elle correspond davantage à une borne de consultation à distance comme il en existe en pharmacie. Le déploiement de ces dispositifs repose quasi systématiquement sur l'initiative et les moyens financiers des communes. En clair, nos élus locaux compensent les défaillances de l'État.
Le coût d'installation d'une box médicale s'élève en moyenne à 60 000 euros. C'est un montant significatif pour les petites collectivités rurales, qui doivent monter des dossiers administratifs complexes, notamment pour obtenir des financements croisés et européens.
L'État entend-il renforcer les moyens consacrés au développement et à l'accompagnement de solutions d'accès aux soins dans les territoires ruraux, qu'il s'agisse de dispositifs itinérants, à l'image du Médicobus, ou de box médicales ? La santé publique ne saurait être le privilège des territoires urbains et aisés.
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.
M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. Vous interrogez Mme la ministre de la santé sur l'accès aux soins dans les territoires ruraux, notamment chez vous, dans les Pyrénées-Orientales. Vous avez raison de le souligner : il s'agit effectivement d'une priorité majeure et d'un enjeu d'égalité républicaine territoriale, pour lequel le gouvernement est pleinement mobilisé.
Près de 6 millions de Français, dont 500 000 souffrant d'une affection de longue durée, ne disposent pas d'un médecin traitant, et environ 90 % du territoire est confronté à une pénurie de médecins, alors même que les besoins de santé augmentent. Les Pyrénées-Orientales n'échappent malheureusement pas à cette réalité.
Face à cette situation, le gouvernement agit avec constance et détermination depuis la suppression du numerus clausus en 2017, suppression dont l'objectif principal était bien de faire reculer les déserts médicaux dans la durée. Dans le même esprit, le déploiement du réseau France Santé par le ministère de la santé et la ministre, Mme Stéphanie Rist, permettra de renforcer concrètement l'offre de soins de proximité : près de 1 500 lieux de soins ont été labellisés et d'autres suivront une fois que le cadre de financement aura été défini avec les professionnels de santé, qui y travaillent avec l'assurance maladie depuis fin février.
Les dispositifs itinérants que vous évoquez, notamment le Médicobus, ont toute leur place dans cette stratégie et pourront bénéficier d'un soutien technique et financier renforcé via France Santé. France Santé permettra aussi de renforcer la dynamique de solidarité territoriale, par laquelle les médecins viennent accroître l'offre de soins sur une partie de leur temps dans les déserts médicaux. Enfin, notre mobilisation est totale pour mettre en œuvre la quatrième année de médecine générale, qui permettra à 3 700 jeunes docteurs, les docteurs juniors, de renforcer l'offre de soins dans les zones les plus en tension, à partir de novembre 2026.
Voilà des réponses concrètes face à l'urgence à agir que vous avez évoquée. Dans ce combat, vous l'avez dit, l'État n'agit pas seul : le gouvernement sait pouvoir compter sur l'engagement des élus locaux et, bien sûr, sur celui des professionnels de santé qui s'engagent au quotidien pour améliorer l'accès aux soins de nos concitoyens.