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🧭Gouvernement Lecornu II
Sébastien Lecornu
, Premier ministre
Laurent Nunez
, Ministère de l'intérieur
Catherine Vautrin
, Ministère des armées et des anciens combattants
Jean-Pierre Farandou
, Ministère du travail et des solidarités
Monique Barbut
, Ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature
Gérald Darmanin
, Ministère de la justice
Roland Lescure
, Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Serge Papin
, Ministère des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat
Annie Genevard
, Ministère de l’agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire
Édouard Geffray
, Ministère de l’éducation nationale
Jean-Noël Barrot
, Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Rachida Dati
, Ministère de la culture

Catherine Pégard
, Ministère de la culture
Naïma Moutchou
, Ministère des outre-mer
Françoise Gatel
, Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation
Amélie de Montchalin
, Ministère de l'action et des comptes publics
David Amiel
, Ministère de l'action et des comptes publics
Philippe Baptiste
, Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
Marina Ferrari
, Ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative
Philippe Tabarot
, Ministère des transports
Vincent Jeanbrun
, Ministère de la ville et du logement
Avec
Stéphanie Rist
, Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées29 avr. 2026

CHEMSEX


M. le président. La parole est à M. Andy Kerbrat, pour exposer sa question, no 711, relative au chemsex.

M. Andy Kerbrat. Mme la ministre de la santé a reçu le deuxième rapport commandé en quatre ans sur le chemsex. Ce dernier signe l'aveu d'échec de la politique française en matière d'addictions. Ce que l'on appelle chemsex concerne 100 000 à 200 000 personnes en France. Parmi elles, 40 % rapportent une consommation problématique, et 36 % déclarent avoir subi des violences sexuelles. Au-delà du sensationnalisme de BFM et des rubriques people, cette pratique est à l'image des maux qui traversent notre société – l'homophobie qui provoque un mal-être existentiel, les traumas divers suscitant une quête d'échappatoire ; elle peut aussi traduire une volonté de puissance, de se sentir vivant. Puis, bien souvent, presque toujours, on perd le contrôle, on sombre dans la honte, on s'isole.

Les communautés n'ont pas attendu l'action publique de vos gouvernements pour se serrer les coudes et prolonger la longue histoire de la santé communautaire – quand l'État, déjà, avait abandonné les siens, les personnes homosexuelles, face au VIH. Aussi vitale soit-elle, l'action de terrain en faveur de la réduction des risques et des dommages liés au chemsex est non seulement stigmatisée, mais surtout désarmée et délaissée par l'État. Malgré l'unanimité des experts et le ton très libéral du candidat Macron sur les drogues en 2017, le gouvernement n'entreprend aucune évolution du cadre légal. Pire, lors de la dernière niche parlementaire du groupe Horizons & indépendants, il a laissé libre cours à une stigmatisation mensongère de la réduction des risques, pourtant consacrée par le code de la santé publique que Mme la ministre de la santé est censée défendre.

Les acteurs associatifs, les familles, les proches de victimes donnent l'alerte. À Paris, en moins de dix jours, Nicolas, 45 ans, Aidan, 20 ans, Colly, 25 ans, Alain, 54 ans, sont morts d'overdose. Nous assistons à une hécatombe silencieuse. Malgré une nette hausse de la pratique du chemsex, les données officielles demeurent gravement lacunaires. La variabilité des nouvelles drogues de synthèse – cathinones, GBL, GHB – et l'absence d'analyses toxicologiques systématiques selon un protocole unique conduisent à une sous-estimation sévère du phénomène.

Faute de données, de nombreux drames sont classifiés par défaut comme des arrêts cardiaques ou des suicides, sans que l'influence déterminante de l'altération psychique liée aux produits ne soit intégrée dans l'analyse. Cette fragmentation de l'information entre les services de secours, de police et de santé empêche toute politique de prévention efficace. Une fois encore, l'approche exclusivement pénale de cet enjeu de société confine une partie de nos compatriotes dans des spirales d'exclusion, de marginalisation et d'infection. La courte vue électoraliste du gouvernement nuit à la compréhension sanitaire du phénomène. La crainte des poursuites judiciaires constitue un frein majeur à l'appel des secours lors d'overdoses, générant des pertes de chances fatales pour les usagers.

Une lecture globale en termes de santé publique doit désormais l'emporter sur la seule recherche de responsabilité individuelle. Suivrez-vous les recommandations du professeur Amine Benyamina, l'addictologue français auteur des deux précédents rapports sur le chemsex ? Généraliserez-vous le déploiement de référents chemsex au sein des centres de santé sexuelle et renforcerez-vous la coopération entre les services d'addictologie, de psychiatrie et de santé sexuelle ? Selon quel calendrier comptez-vous pérenniser et généraliser les dispositifs de réduction des risques, notamment les haltes soins addiction (HSA), dont l'efficacité est constatée sur le terrain, à Strasbourg comme à Paris ? Cesserez-vous enfin de modifier à la marge le cahier des charges justifiant la poursuite des expérimentations, alors qu'il faudrait massifier ces structures qui préviennent, sauvent et accompagnent les personnes dans des parcours de sortie de l'addiction ? Enfin, comptez-vous moderniser les dispositifs statistiques pour inclure l'identification systématique des nouvelles molécules lors des décès suspects et sortir ainsi de l'invisibilité les victimes de ces substances ?

M. le président. La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. La lutte contre les addictions exige une mobilisation collective autour de quatre priorités : mieux prévenir, mieux soigner, mieux accompagner et mieux connaître.

Nous avons choisi de consacrer un axe spécifique au sujet du fameux chemsex dans la future feuille de route 2026-2030 de la stratégie nationale de santé sexuelle. Les orientations retenues prennent en compte les deux rapports remis par le professeur Benyamina auxquels vous avez fait référence. Les objectifs sont les suivants : disposer de meilleures connaissances sur le chemsex en conduisant les enquêtes actuelles jusqu'à leur terme ; mieux sensibiliser le grand public grâce aux outils numériques ; former les professionnels se trouvant au contact des personnes concernées afin d'adapter la réponse à leur apporter ; formaliser des parcours dédiés, en lien avec les comités régionaux de coordination de la santé sexuelle (Coress), sur la base des expérimentations déjà mises en place, notamment le projet Arpa-chemsex.

Pour ce qui concerne l'articulation entre réponse sanitaire et cadre pénal, je confirme que la priorité doit être la protection de la vie et de la santé, dans toutes les situations d'urgence.

Vous interrogez également la ministre de la santé sur le devenir des haltes soins addictions : sachez que la réduction des risques reste un pilier indissociable de la politique de santé publique en matière d'addictions. Leur efficacité, quand il s'agit de toucher des publics précaires et en grande vulnérabilité, est documentée. Néanmoins, certains critères nécessitent encore d'être évalués. C'est la raison pour laquelle l'expérimentation a été prolongée de deux ans, afin de déterminer s'il est opportun de pérenniser le dispositif et, le cas échéant, d'en préciser les modalités. Les HSA seront désormais autorisées à réaliser des analyses de produits, ce qui renforcera leur rôle dans le dispositif de veille sanitaire – elles pourront détecter les nouvelles molécules en circulation, auxquelles vous avez fait référence. Enfin, le gouvernement a engagé un renforcement de ses dispositifs de veille et d'alerte afin de mieux détecter l'émergence de nouvelles substances et d'éviter la diffusion de produits dangereux sur le territoire national.

M. le président. La parole est à M. Andy Kerbrat.

M. Andy Kerbrat. On perd du temps et il y a trop de morts ; il faut agir.

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