FRAIS D'INSCRIPTION DES ÉTUDIANTS EXTRACOMMUNAUTAIRES
M. le président. La parole est à M. Emmanuel Fernandes, pour exposer sa question, no 742, relative aux frais d'inscription des étudiants extracommunautaires.
M. Emmanuel Fernandes. Monsieur le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, le 21 avril dernier, vous présentiez votre projet Choose France For Higher Education – merci pour l'anglais – avec l'objectif assumé de généraliser les frais d'inscription différenciés pour les étudiants extracommunautaires. Fin mars, à Strasbourg, quarante-sept étudiants étrangers en master ont reçu une lettre de la présidence de l'université leur annonçant leur désinscription pure et simple. Ces exclusions faisaient suite à une première vague, qui avait frappé trente-sept autres étudiants, en décembre 2025. Cette véritable purge xénophobe n'est pas terminée puisque près d'un quart des étudiants extracommunautaires de master à Strasbourg n'ont pas pu s'acquitter de la somme colossale de 3 941 euros qui leur est réclamée au titre de leur inscription à l'université.
Les témoignages des étudiants concernés ou menacés sont révoltants et révèlent des situations de détresse financière, psychologique et souvent physique absolument inacceptables : « Je suis très stressé. Ma situation est catastrophique, j'ai des retards de loyer pour payer les frais d'inscription » ; « Je me suis donné corps et âme sur le plan pédagogique depuis des années pour être accepté ici en master » ; « C'est la période de révision, mais je n'arrive plus à me concentrer. Je suis censé passer des partiels à partir de la fin du mois d'avril. » Voilà les témoignages qui ont été recueillis à Strasbourg. Quelle honte ! Est-ce cela, la France ? Est-ce cela, les valeurs de l'université ? Dois-je vous les rappeler, monsieur le ministre ? Universalité du savoir, égalité d'accès, autonomie universitaire, coopération internationale.
Les choix qui sont les vôtres et ceux de ce gouvernement macroniste en perdition totale, lancé dans une méprisable et honteuse course à l'échalote avec l'extrême droite, allant toujours plus loin dans la maltraitance des étrangers, ces choix traduisent une conception du service public de l'enseignement supérieur qui s'oppose à celle d'une université accessible, émancipatrice et ouverte à l'international. À l'heure où la France prétend miser sur l'innovation, la réindustrialisation et l'excellence scientifique, comment pouvez-vous défendre une politique qui assèche le vivier de chercheurs et organise une véritable ségrégation par l'argent ? Comment pouvez-vous sans honte assumer ce projet xénophobe, discriminatoire, injuste, inhumain et de surcroît contre-productif pour l'enseignement supérieur et la recherche, dont vous avez pourtant la charge ?
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.
M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Je vous remercie pour cette question toute en nuance... Il est bon d'avoir le sens de la mesure dans les mots qu'on emploie ! Le terme « xénophobie » ne me semble vraiment pas adapté.
Vous n'ignorez sans doute pas que la pratique des droits différenciés est utilisée dans à peu près tous les pays du monde, y compris, pour prendre un exemple au hasard, à Cuba, un pays cher à votre cœur par ses choix politiques ! C'est vrai aussi en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Suisse, dans certains Länder allemands et dans l'immense majorité des pays européens. Cette pratique, en somme, est une pratique normale, qui existe en France depuis 2019 pour les étudiants extracommunautaires.
Nous avons, il est vrai, décidé de relancer un plan d'attractivité à destination des étudiants internationaux – d'où évidemment son nom anglais. Il reprend les fondamentaux du plan Bienvenue en France et prévoit que les étudiants internationaux accueillis dans notre pays s'acquittent de droits correspondant au tiers environ du coût réel de leur formation, soit un peu moins de 3 000 euros en moyenne pour un coût global de 11 000 euros à peu près. Le contribuable continuera donc de « subventionner » l'accueil des étudiants internationaux qui viennent étudier en France à hauteur de 7 000 ou 8 000 euros pour chacun d'eux. Parler de xénophobie dans de telles conditions ne me paraît réellement pas justifié. Je le redis, il faut avoir le sens de la mesure, monsieur le député !
J'ajoute que les montants générés par l'application des droits différenciés restent à la main des établissements et qu'ils permettront d'améliorer l'accueil des étudiants internationaux. Je ne crois pas, en effet, que l'on puisse se satisfaire de leur situation actuelle. Certains d'entre eux sont en grande précarité. Le contrôle de ressources fonctionne mal. Le plan Choose France For Higher Education permet aussi de cibler notre action, car nous avons besoin des étudiants internationaux dans plusieurs secteurs – je ne suis donc pas du tout pour une logique de fermeture, mais au contraire pour une logique d'ouverture de notre pays –, en particulier ceux de la science et de la technologie. Je rappelle qu'il est nécessaire de former 40 000 ingénieurs et 40 000 techniciens par an. Ne serait-ce que pour ces deux métiers, nous avons besoin des étudiants internationaux. Nous devons donc avoir une démarche proactive en encourageant les étudiants internationaux à venir chez nous, notamment en donnant des bourses à ceux qui n'ont pas la capacité de subvenir à leurs besoins et qui sont parmi les meilleurs. Les autres doivent être capables de contribuer marginalement au coût global de leurs études.
Quant à la situation de l'université de Strasbourg, elle est suivie attentivement par le rectorat.