Le Gouvernement partage la volonté exprimée d'une intelligence artificielle (IA) française et européenne performante, à la hauteur des enjeux de souveraineté technologique et de qualité de service pour les citoyens. Le Gouvernement souhaite toutefois apporter plusieurs précisions factuelles sur le projet évoqué, dont la nature et l'objet ont été largement mal compris dans la couverture médiatique de son lancement. LUCIE n'est pas un modèle de fondation destiné à concurrencer les grands modèles généralistes internationaux : il s'agit d'un projet porté par le consortium OpenLLM France pour développer et diffuser des briques technologiques ouvertes entraînées avec une forte proportion de contenus en langue française. La version rendue publique fin janvier 2026 était une démonstration technique préliminaire d'un modèle de recherche de taille réduite (7 milliards de paramètres), et non un produit fini destiné au grand public ; sa mise à l'épreuve prématurée par un usage massif et non anticipé a légitimement révélé des limites, que le consortium a d'ailleurs reconnues en suspendant l'accès public le temps de les corriger. Mais ce que ce projet a effectivement produit, et qui constitue sa valeur réelle pour l'écosystème, sont des communs numériques : le Lucie Training Dataset, avec plus de 30 % de contenus en langue française, est mis à disposition sous licence ouverte, de même que les méthodes d'entraînement et les poids du modèle. Ce fort engagement en faveur de la transparence, de la collecte des données à l'entraînement, est aujourd'hui rare dans l'écosystème mondial de l'IA générative et bénéficie à l'ensemble de la communauté européenne et mondiale de recherche et de développement qui peut réutiliser, auditer et améliorer ces ressources. C'est précisément la philosophie des dispositifs de soutien à l'IA portés par l'État depuis 2018 dans le cadre de sa stratégie nationale pour l'IA (3 Md€ depuis 2018) : ne pas concentrer l'effort public sur un seul pari technologique, mais irriguer l'ensemble de l'écosystème de briques réutilisables, qu'il s'agisse de jeux de données, de modèles, d'infrastructures de calcul ou de compétences. Cette diversité a permis de faire de Paris l'un des tout premiers écosystèmes mondiaux de l'IA et de faire émerger des acteurs de rang international comme Mistral AI, aux côtés de projets à vocation plus expérimentale. Celle-ci a récemment fait l'objet d'un rapport de la Cour des comptes publié en novembre 2025. Le soutien à ces innovations s'inscrit dans le cadre de la gouvernance interministérielle du plan France 2030 dont le secrétariat est assuré par le secrétariat général pour l'investissement (SGPI). Les opérateurs comme l'État sont pleinement engagés pour renforcer l'exigence de sélection et de suivi. C'est notamment pour cela que le dispositif « Pionniers de l'IA » a été spécifiquement conçu à la suite du sommet pour l'action sur l'IA de février 2025 dans le but d'adapter les modalités de sélection et de soutien aux acteurs deeptech les plus innovants avec un fort potentiel économique tout en raccourcissant significativement les délais d'instruction. Les projets d'innovation de rupture dans des secteurs stratégiques pour la souveraineté et l'économie tels que la santé, l'industrie manufacturière, la sécurité, l'énergie et la transition écologique peuvent ainsi bénéficier de financements pouvant atteindre près de 10 M€. Deux premières vagues ont déjà été annoncées en février et juin 2026, pour des applications concrètes telles que des modèles pour la robotique industrielle ou encore l'analyse d'imagerie médicale pour le dépistage précoce. Ce dispositif complète le plan « Osez l'IA » annoncé en juillet 2025 pour accélérer la diffusion de l'IA dans l'ensemble du tissu économique, notamment les très petites entreprises et petites et moyennes entreprises (TPE-PME), dont le taux d'adoption progresse rapidement mais reste encore inférieur à la moyenne européenne. La France travaille également aux côtés de la Commission européenne et de ses partenaires européens à placer l'Europe en position de pionnière pour les prochaines vagues de progrès technologique dans le domaine de l'IA. Au-delà de la compétition internationale pour les modèles de langage de pointe, ces dispositifs permettent de renforcer le positionnement de notre écosystème parmi les meilleurs mondiaux afin de disposer dans la durée d'une offre technologique compétitive au service d'usages dans de nombreux secteurs.