Stéphanie Rist,
Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées •
3 févr. 2026Les inégalités d'accès aux soins visuels sont une préoccupation du Gouvernement. Si le délai médian pour obtenir un rendez-vous ophtalmologique a diminué, passant de 52 jours en 2018 à 38 jours en 2023, ces chiffres masquent en effet des disparités territoriales. Le vieillissement de la population, qui accroît les besoins en soins visuels, rend ces disparités préoccupantes dans la mesure où 97 % des personnes âgées de 80 ans ou plus déclarent avoir des troubles visuels. Face à ce constat, le Gouvernement déploie plusieurs actions. Tout d'abord, le dispositif 100 % Santé, mis en place depuis le 1er janvier 2020, garantit un reste à charge nul pour les lunettes (montures et verres), améliorant l'accès à l'optique pour les ménages modestes. Ensuite, la transformation de l'organisation des soins : par la coopération entre professionnels qui est activement encouragée, notamment via la délégation de tâches aux orthoptistes, dont le nombre augmente (6 633 en 2023, dont 45 % ont moins de 35 ans), permettant d'élargir l'accès au dépistage et au suivi des troubles visuels ; le développement de protocoles nationaux de coopération, instaurés dès 2015, permettant par exemple aux orthoptistes de réaliser certains actes sous supervision médicale. Le travail aidé est désormais généralisé : en 2024, 85 % des ophtalmologistes déclaraient travailler avec un ou plusieurs assistants (orthoptistes, opticiens, infirmiers), ce qui représente une progression de 22 points depuis 2019 ; les cabinets secondaires, c'est-à-dire des centres où des orthoptistes assurent une première prise en charge, avec la possibilité pour l'ophtalmolgiste d'intervenir en téléconsultation ou en présentiel si nécessaire, permettent également de rapprocher les soins des patients dans des zones sous-denses en ophtalmologistes comme par exemple à Mayotte. La télémédecine représente ainsi un levier important pour réduire les distances d'accès aux soins, notamment pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Il existe toutefois des dérives : les assises de la télémédecine, co-portées avec l'Assurance maladie, sont l'occasion de stabiliser les modèles vertueux spécifiques à la filière visuelle. Par ailleurs, les opticiens jouent un rôle croissant dans l'amélioration de l'accès aux soins visuels. Depuis 2007, ils peuvent adapter les prescriptions de lunettes ou de lentilles dans le cadre de leur durée de validité, et cette délégation a été étendue en 2024 à l'adaptation dès la primo-prescription. Cette évolution contribue à fluidifier le parcours de soins dans les zones sous-dotées. En complément, une expérimentation permet aux opticiens-lunetiers de se déplacer en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, notamment en Normandie et en Centre-Val de Loire, pour renouveler les équipements de verres correcteurs et de lentilles. Le Gouvernement poursuit ses efforts pour renforcer ces dispositifs, améliorer l'attractivité des zones sous-dotées et garantir l'équité dans l'accès aux soins visuels sur l'ensemble du territoire. Le déploiement du réseau France Santé permettra aussi d'améliorer l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire.