Anne Le Hénanff,
Ministère délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'intelligence artificielle et du numérique •
19 mai 2026Le projet « Campus IA » à Fouju est porté par une co-entreprise entre l'entreprise émiratie MGX (partenaire principal), Bpifrance, Nvidia et Mistral. Une partie substantielle de la capacité du site devrait bénéficier à l'entreprise française Mistral pour le déploiement de capacités de calcul et la fourniture de services d'intelligence artificielle. Cette infrastructure sera composée de plusieurs centres de données distincts, administrés par différents opérateurs et exploités en partie en colocation, c'est-à-dire par la mise à disposition de salles informatiques à plusieurs entreprises utilisatrices. Les données hébergées et traitées le seront ainsi sur des serveurs appartenant à ces sociétés, qui en conserveront la propriété. Mistral, notamment, restera pleinement propriétaire de ses données. S'agissant des données sensibles, le Gouvernement rappelle son attachement à la stratégie nationale du cloud, fondée sur le développement d'une offre de cloud de confiance et sur la qualification SecNumCloud délivrée par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI). Cette qualification garantit un haut niveau de protection contre les menaces cyber, y compris face aux législations extraterritoriales de pays tiers. La loi Sécuriser et réguler l'espace numérique n° 2024-449 du 21 mai 2024 et le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 renforcent ces exigences, en imposant la protection des données sensibles de l'État hébergées sur des clouds commerciaux. Ainsi, ces données doivent répondre à des impératifs stricts de sécurité, indépendamment du lieu d'hébergement. En matière énergétique, 700 MW de puissance électrique ont été contractualisés à ce jour auprès du Réseau de transport d'électricité (RTE) et non 1,4 GW. Cette puissance sera déployée progressivement et correspond aux standards actuels des infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle. Par ailleurs, la France bénéficie d'un mix électrique décarboné à 95 %, ce qui limite les émissions de CO2 liées à la consommation énergétique des centres de données. En 2025, la France a exporté 92 TWh d'électricité, soit un volume supérieur à la consommation annuelle des centres de données. Un plan d'électrification a été engagé afin d'anticiper les besoins incluant un groupe de travail dédié au numérique, qui a récemment présenté ses conclusions à la Ministre déléguée en charge de l'IA et du numérique. S'agissant de la valorisation de la chaleur fatale, des solutions de récupération ont été étudiées avec neuf utilisateurs potentiels. Pour la première tranche, la récupération pourrait atteindre 15 MWh, avec un redimensionnement qui pourrait être prévu pour les phases ultérieures afin d'optimiser les réseaux en fonction des débouchés. Concernant la ressource en eau, le système de refroidissement retenu fonctionne en circuit fermé et ne prévoit pas de prélèvements. À titre de comparaison, les centres de données ont représenté en 2023 environ 681 000 m³ d'eau, soit 0,002 % des prélèvements annuels en France, contre 2,4 milliards de m³ pour l'industrie. L'État a de manière générale engagé de nombreuses actions en matière d'empreinte environnementale du numérique : amélioration de la transparence via les publications annuelles de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), responsabilisation des acteurs dans le cadre du CSF infrastructures numériques avec la réalisation d'un plan de sobriété hydrique, et intégration des infrastructures numériques au plan national d'adaptation au changement climatique. De nouvelles obligations européennes imposeront également un suivi annuel des consommations d'eau et l'introduction d'indicateurs de performance dès 2027. Le projet est soumis aux dispositions relatives à la compensation agricole collective et a fait l'objet d'une étude préalable agricole. Une convention sera conclue avec l'Association Agri Développement Île-de-France pour la mise en œuvre des compensations. Sur le plan économique, le projet mobilise de nombreux secteurs, notamment les bureaux d'études, le BTP, les équipements électriques et la connectivité. La France dispose d'acteurs majeurs dans ces domaines qui bénéficient de la dynamique du secteur. La phase de construction devrait mobiliser environ 1 000 personnes et plusieurs centaines d'emplois directs seront créés pour l'exploitation et la sécurisation du site. Des retombées sont également attendues pour les entreprises utilisatrices comme Mistral, avec des emplois qualifiés. Le projet inclut en outre des engagements en matière de formation et de recherche avec un partenariat conclu avec l'École polytechnique pour une chaire « IA & robotique ». S'agissant du cadre réglementaire, le projet de loi de simplification de la vie économique prévoira après promulgation l'extension de l'éligibilité du statut de projet d'intérêt national majeur aux centres de données sous conditions strictes et après validation ministérielle. Cette qualification sera attribuée au cas par cas et n'aura pas vocation à s'appliquer automatiquement. À ce jour, il n'est pas prévu que le projet Campus IA soit concerné par ce dispositif. Enfin, la réalisation d'études d'impact constitue un préalable obligatoire à tout projet pour obtenir les autorisations environnementales et d'urbanisme nécessaires.