Jean-Louis ThiériotEn 2020, Samuel Paty était assassiné dans les conditions que l'on sait. Alors qu'une pétition en faveur de sa panthéonisation a recueilli plus de 55 000 signatures, la présidente de l'Association des professeurs d'histoire, Joëlle Alazard, a relayé le 23 avril la nécessité d'honorer ce « héros tranquille », pour reprendre les mots de Robert Badinter tandis qu'au festival de Cannes, L'Abandon a reçu une standing ovation.
Samuel Paty n'est pas une victime. C'est un martyr – c'est-à-dire un témoin –, de deux pierres angulaires de notre édifice républicain : la liberté de l'esprit, qui ne reconnaît ni le blasphème, ni le sacrilège, et l'école, lieu de transmission des savoirs et des héritages.
Monsieur le ministre de l'éducation nationale, vous avez dit sur France Info que Samuel Paty était « une victime du terrorisme, qui est devenue un symbole à son corps défendant ». Cette lecture est factuellement fausse. Alors qu'au nom du « pas de vagues », certains en viennent à s'autocensurer, il a choisi de continuer son œuvre, parfois en butte aux sarcasmes. Il l'a payé de sa vie. C'est bien le choix d'un homme libre, l'héroïsme des humbles.
Les destins de Samuel Paty et de Marc Bloch, lequel aura les honneurs du Panthéon, consonent admirablement. C'est l'avers et le revers d'une même médaille. Marc Bloch, c'est l'immense historien et le résistant ; Samuel Paty, c'est le professeur de collège qui crée le terreau fertile. Frères de discipline et frères d'engagement, il serait juste qu'ils reposent ensemble au temple des Grands Hommes. Même si c'est une prérogative du président de la République, monsieur le ministre, quand accueillerons-nous Samuel Paty au Panthéon ?