Gérald Darmanin,
Ministère de la justice •
12 mai 2026Les traducteurs et interprètes intervenant auprès des juridictions et des services d'enquête jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de la justice. Ils garantissent l'effectivité des droits de la défense, l'accès au juge et le respect du principe du contradictoire pour les personnes ne maîtrisant pas la langue française. Leur contribution est déterminante à tous les stades de la procédure et constitue une condition du procès équitable. L'importance de cette mission est pleinement reconnue par l'institution judiciaire, comme l'illustre le volume des dépenses qui y est consacré chaque année, évalué par la cour des comptes à près de 86 millions d'euros en 2024. Les modalités de rémunération applicables à ces professionnels relèvent toutefois d'un régime spécifique, celui des frais de justice, prévu par le code de procédure pénale (CPP). Ce régime ne saurait être assimilé à un dispositif de paiement commercial classique, dans la mesure où il est directement lié à l'exercice de missions juridictionnelles couvertes par le secret de l'enquête, de l'instruction et du délibéré, ainsi qu'à la protection d'informations sensibles. Ce cadre particulier, fondé sur des exigences de confidentialité, de sécurité juridique et d'indépendance de l'autorité judiciaire, implique des circuits de validation et de contrôle renforcés, qui peuvent allonger les délais de traitement. Ces contraintes ne traduisent pas une sous-estimation du rôle des traducteurs et interprètes, mais résultent de la nécessité de préserver l'intégrité et la protection des procédures judiciaires. La généralisation de la dématérialisation des mémoires de frais via la plateforme Chorus Pro s'inscrit précisément dans une démarche de modernisation et de fiabilisation des paiements et permet d'assurer la traçabilité des demandes, de sécuriser les échanges et de réduire progressivement les délais, tout en maintenant un haut niveau de protection des données juridictionnelles. Le délai de forclusion applicable au dépôt des mémoires répond, par ailleurs, à des impératifs de bonne gestion des finances publiques et de sincérité budgétaire. Il vise à garantir le rattachement des dépenses aux exercices concernés et à assurer une exécution maîtrisée des crédits votés par le parlement. Le ministère de la Justice est néanmoins attentif aux difficultés rencontrées par certains professionnels et poursuit ses efforts pour améliorer les délais de règlement, harmoniser les pratiques des services et renforcer l'information des intervenants sur les procédures applicables. Ainsi, le cadre de paiement en vigueur ne résulte pas d'un déséquilibre entre l'importance de ces missions et leur reconnaissance institutionnelle, mais de la spécificité des contraintes propres à la dépense judiciaire. L'enjeu consiste donc à concilier durablement la protection des procédures, la rigueur de la gestion publique et la nécessaire qualité des relations avec les professionnels qui concourent quotidiennement au service public de la justice.