Jean-Noël Barrot,
Ministère de l’Europe et des affaires étrangères •
2 juin 2026La Convention relative aux statuts des réfugiés de 1951 (Convention de Genève) ne reconnaît pas la qualité de « réfugié climatique ». En effet, la définition du « réfugié » à l'article 1er A2 de la Convention de Genève implique une persécution d'origine humaine, en raison de la race, de la religion, de la nationalité, de l'appartenance à un groupe social ou des opinions politiques. Ce statut ne recouvre donc pas des déplacements liés à des dégradations environnementales ou liés aux effets des changements climatiques. En outre, la protection liée au statut de réfugié ne s'applique qu'à la condition que la personne concernée se trouve hors de son pays de nationalité, après avoir franchi une frontière, et uniquement à l'égard de ce pays. Or les déplacements de populations liés aux effets des changements climatiques ont très souvent lieu à l'intérieur des frontières. Par conséquent, cette convention ne peut être invoquée pour encadrer la situation des personnes déplacées en lien avec les dégradations de l'environnement et changements climatiques. Par ailleurs, dans son avis consultatif du 23 juillet 2025, la Cour internationale de Justice relève que « les changements climatiques pourraient créer des conditions susceptibles de mettre en danger la vie d'individus qui pourraient devoir chercher refuge dans un autre pays ou se trouver empêchés de retourner dans le leur. Elle est d'avis que les États ont des obligations découlant du principe de non-refoulement s'il existe des motifs sérieux de croire que le renvoi d'individus dans leur pays d'origine comporte un risque réel de préjudice irréparable au droit à la vie, en violation de l'article 6 du PIDCP ». S'il s'agit là d'une constatation importante, elle ne peut suffire pour la protection des personnes déplacées dans un contexte de changements climatiques. Dans ce contexte et ayant conscience des enjeux vitaux soulevés par les changements climatiques pour de très nombreuses personnes, la France participe activement aux différents processus politiques et juridiques en cours pour faire évoluer le droit international pertinent. La France a ainsi pris part aux travaux de la Commission du droit international (CDI) qui ont permis l'adoption, en 2016, d'un Projet d'articles sur la protection des personnes en cas de catastrophe. La France suivra avec attention les négociations de la convention à venir sur ce sujet suivant le calendrier fixé par la Sixième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies le 24 novembre 2025 (résolution A/80/456). De même, la France a contribué aux travaux de la CDI ayant abouti, en 2025, à l'adoption d'un rapport final sur l'élévation du niveau de la mer qui constate notamment qu'en matière de protection des populations, les cadres juridiques existants sont fragmentés et non spécifiques, et recommande des outils adaptés tels que des accords de mobilité climatique et des mécanismes de prévention de l'apatridie, tout en protégeant la culture et l'identité des communautés concernées. Le 5 mars 2026, au sein du Groupe des amis pour le climat, la France s'est également prononcée en faveur d'une déclaration politique ambitieuse sur l'élévation du niveau de la mer qui reconnaîtrait notamment le caractère multidimensionnel de la menace que représente l'élévation du niveau de la mer, y compris en touchant à la sécurité humaine et aux déplacements forcés. En dehors des considérations juridiques, la France mène avec ardeur des actions pour endiguer la dégradation généralisée de l'environnement et du climat et afin d'en prévenir et d'en limiter les conséquences, notamment s'agissant de la mobilité humaine. Ainsi, la France poursuit son engagement sur le climat et la mobilité humaine selon 2 axes : d'une part, dans le cadre de son action d'atténuation et d'adaptation au changement climatique ainsi que de réduction des risques de catastrophe et, d'autre part, via sa politique d'investissement solidaire et durable, à travers la réduction des vulnérabilités et le soutien à la résilience des communautés et des territoires, mais également à travers des programmes d'appui aux populations déplacées et hôtes de pays partenaires lorsque les déplacements contraints ne peuvent être évités.