Jean-Noël Barrot,
Ministère de l’Europe et des affaires étrangères •
2 juin 2026En octroyant à la Géorgie le statut de pays candidat à l'Union européenne (UE), le 14 décembre 2023, le Conseil européen a répondu à la demande souveraine des autorités géorgiennes et à la profonde aspiration européenne du peuple géorgien. Toutefois, ce statut de pays candidat a été octroyé « pour autant » que des réformes importantes soient menées pour renforcer le cadre démocratique de la Géorgie, l'Etat de droit et la préservation de l'espace civique. Or, depuis 2024, la France est préoccupée par la dérive autoritaire à l'œuvre en Géorgie. Les lois répressives adoptées contreviennent aux valeurs de l'UE et enfreignent délibérément les engagements pris par la Géorgie envers l'UE, y compris dans le cadre de l'accord d'association avec celle-ci. Nous avons pu l'exprimer publiquement à plusieurs reprises. Ainsi, dès décembre 2024, le Président de la République avait indiqué à Bidzina Ivanichvili, Président honoraire du Rêve géorgien, qu'au regard de la dégradation de la situation, il était évident que la Géorgie s'était détournée de sa trajectoire européenne. Le 10 mars 2026, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a souligné dans une déclaration publiée conjointement avec ses homologues du triangle de Weimar que « la ligne de conduite du gouvernement géorgien depuis 2024 a interrompu de facto son processus d'adhésion à l'UE, comme l'ont démontré les conclusions du Conseil européen en 2024 et comme l'a confirmé la Commission européenne dans son rapport sur l'élargissement de 2025 ». Dans ces circonstances, sans engagement tangible des autorités géorgiennes à court terme, nous considérons que le processus d'adhésion de la Géorgie à l'UE est suspendu. Il ne peut y avoir de retour sur le chemin européen sans reprise du cours démocratique. Au-delà de la question de la perspective européenne qui cristallise les tensions entre la Géorgie et l'UE, notre boussole reste la défense des intérêts de la France. Nous avons ainsi conservé des coopérations techniques avec les autorités géorgiennes dans des domaines d'intérêt mutuel, tel que la sécurité intérieure et la défense. La France continue enfin de soutenir indéfectiblement la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues, notamment face aux appétits de son voisin russe.