Roland Lescure,
Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique •
21 avr. 2026Afin d'objectiver les difficultés de financement que peuvent rencontrer les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD), une étude conjointe de l'Observatoire économique de la défense (OED) et de la direction générale du Trésor, menée sur la période 2016-2021, a mis en évidence plusieurs fragilités structurelles : des marges plus faibles que les entreprises comparables du reste de l'économie, un endettement plus élevé, et une sous-capitalisation partielle, traduisant une moindre capacité d'autofinancement et un recours plus fréquent à des apports extérieurs. Dans ce contexte, et pour répondre aux besoins croissants liés à la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit une augmentation des carnets de commande de 17,5 milliards d'euros à l'horizon 2030, l'État a renforcé son soutien au financement de la BITD. On estime à cet égard que les PME et ETI du secteur devront mobiliser entre 5 et 7 milliards d'euros de financements nouveaux, dont 1 à 3 milliards en fonds propres. Pour accompagner cette montée en puissance, un plan d'action structuré a été déployé. Il s'appuie sur le renforcement des outils existants, en premier lieu les fonds Definvest (100 millions d'euros) et Innovation Défense (porté de 200 à 275 millions d'euros grâce à des apports conjoints du ministère des Armées, de Bpifrance, de la CDC, d'Allianz et de MBDA), ainsi que le soutien à travers le fonds French Tech Souveraineté (850 millions d'euros) pour les technologies critiques. Parallèlement, un effort particulier est mené sur la trésorerie : la Banque européenne d'investissement déploie une facilité de trésorerie d'un milliard d'euros pour les PME et ETI de la défense, et Bpifrance conduit, en lien avec la DGA, une action de terrain ciblant un millier d'entreprises stratégiques afin de leur proposer des solutions adaptées à leurs besoins en fonds de roulement. À ce jour, 69 % des entreprises identifiées bénéficient déjà de l'accompagnement de Bpifrance, et cet effort se poursuit. L'action de l'État vise également à mobiliser l'investissement privé autour de la BITD. Près de 1,7 milliard d'euros d'investissements publics supplémentaires seront déployés sur cinq ans, permettant, grâce à l'effet de levier, jusqu'à 5 milliards d'euros d'investissements en fonds propres dans le secteur. L'État encourage également l'investissement des particuliers à travers le lancement en 2025 d'un fonds Bpifrance Défense, accessible dès 500 euros, avec une taille cible de 450 millions d'euros. Ce fonds s'inscrit dans le prolongement des mesures issues de la loi Industrie verte, qui facilite le fléchage de l'épargne (assurance-vie et PER) vers l'industrie, y compris la défense. Enfin, afin d'améliorer la lisibilité et la fluidité du financement des entreprises de défense, un dialogue structuré a été institué entre l'industrie et les institutions financières. Co-présidé par la direction générale du Trésor et la direction générale de l'armement, ce dialogue associe les grands acteurs publics (APE, Bpifrance, CDC, AMF) et privés, et vise à renforcer l'alignement entre les besoins spécifiques de la BITD et les outils disponibles sur les marchés financiers. L'ensemble de ces mesures vise à garantir que les entreprises de la défense disposent des moyens nécessaires pour répondre aux besoins opérationnels croissants des armées, soutenir l'autonomie stratégique nationale et contribuer à la souveraineté industrielle de la France et de l'Europe. Concernant le cas spécifique de l'entreprise Verney-Carron, il s'agit d'un fabricant d'armes légères, en particulier de fusils de chasse, basé à Saint-Etienne, placé en redressement judiciaire depuis le 12/02/2025 sur résolution d'un plan de sauvegarde adopté le 22/06/2022. Les services de l'État se sont fortement mobilisés pour favoriser une solution de reprise la plus à même d'assurer un plan industriel solide. C'est ce qui a permis de faire émerger deux offres qui ont été soumise au tribunal de commerce de Saint-Etienne. Le 4 juin 2025, ce dernier a retenu l'offre de reprise de l'acteur français Rivolier.