Sébastien Martin,
Ministère délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargé de l'industrie •
31 mars 2026La situation de la filière automobile française, et notamment de la sous-traitance, reste en effet dégradée malgré une légère reprise depuis 2020. De multiples facteurs conjoncturels affectent négativement la santé de la filière depuis quelques années : les crises successives du Covid-19, des semi-conducteurs et des matières premières ont entrainé une dégradation de la compétitivité des acteurs de la filière tandis que la production automobile européenne reste inférieure de 20 % à son niveau de 2019, générant des surcapacités importantes pour les industriels du secteur. Les baisses de volumes sont aussi dues aux stratégies d'augmentation des prix des constructeurs ou encore au désintérêt d'une partie des classes sociales pour la mobilité automobile. Cette étude prospective estime une réduction nette de 56 000 emplois dans la filière automobile à horizon 2035. Ces pertes proviennent de facteurs multiples affectant la filière automobile. Les tendances baissières trouvent principalement leurs origines dans la baisse de la demande issue de l'inflation, notamment automobile, et la poursuite des politiques de délocalisations au sein de la filière automobile qui ont réduit de 60 % la production française depuis 2007. Cette étude prospective repose toutefois sur un scénario de poursuite de la trajectoire actuelle, et s'appuie sur des hypothèses que l'on peut considérer conservatrices concernant la production de véhicules légers, qui atteindrait un maximum en 2027, la demande, qui resterait faible malgré les baisses de prix et améliorations technologiques et en termes de recharge attendues, et la réglementation, qui resterait stable. Or, afin de favoriser une compétitivité durable de la filière automobile française, les sous-traitants automobiles et l'ensemble de la filière peuvent compter sur un soutien fort de l'État visant à répondre à leurs besoins d'investissement et d'innovation. Ainsi depuis 2020, plus de 700 projets représentant près de 4,2 milliards d'euros d'investissements industriels privés de modernisation et d'innovation ont été sécurisés par 1,2 milliard d'euros d'aide publique. Signe du soutien continu en faveur de la filière automobile, deux nouveaux appels à projets dédiés au soutien des investissements de modernisation, diversification, décarbonation et d'innovation ont été récemment ouverts. Ces investissements ont permis de positionner la filière automobile française fortement sur les segments liés à l'électrification et la décarbonation des véhicules et à la transition vers le véhicule connecté et automatisé. De plus, la France continue de se mobiliser dans les instances européennes afin de structurer une filière du véhicule autonome souveraine et compétitive. Enfin, la France est fortement mobilisée dans la révision des cadres règlementaires européens afin d'apporter des flexibilités sur la trajectoire d'électrification en contrepartie du renforcement de la politique industrielle de l'Union. Nous sommes prêts à assouplir la trajectoire à condition que les véhicules qui soient vendus en Europe soient fabriqués en Europe. Nous ne voulons pas réduire l'ambition d'électrification au bénéfice d'une délocalisation accrue des véhicules thermiques à l'étranger ou d'un abandon de notre stratégie industrielle sur l'électrique qui nous condamnerait à importer des véhicules électriques étrangers durablement. A ce titre, la France porte au niveau européen l'inscription de la préférence européenne dans la politique industrielle automobile afin de pouvoir réserver les soutiens publics au tissu industriel européen et favoriser les attributions de marché aux sous-traitants historiques.