INFRASTRUCTURE PORTUAIRE DE SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON
Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Lenormand, pour exposer sa question, no 607, relative à l'infrastructure portuaire de Saint-Pierre-et-Miquelon.
M. Stéphane Lenormand. Cette question concerne autant le ministère des transports, que celui des outre-mer et des armées.
L'infrastructure portuaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, port d'État, souffre d'un sous-investissement depuis plus de quarante ans et se trouve aujourd'hui dans un piteux état. Il y a dix ans, un rapport estimait sa simple remise à niveau à 100 millions d'euros.
Ce n'est pas ce que je demande. Depuis trois ans, j'interpelle les gouvernements successifs sur le quai du commerce, également en mauvais état – plus de 200 mètres linéaires ont été fermés pour des raisons de sécurité, et la partie encore en activité est dans un état similaire. Or c'est le seul point d'approvisionnement du territoire : chaque semaine, les conteneurs de nourriture et de biens essentiels y arrivent. À tout moment, il peut céder. Sa remise en état est estimée à environ 20 millions d'euros par les services de l'État.
Vous savez qu'il y a urgence à agir. Je suis un ancien chef d'exécutif et je sais comment fonctionnent les marchés publics : même si l'État prenait enfin ses responsabilités et donnait son accord, les travaux ne commenceraient pas avant 2028, le temps de faire le dossier, de lancer les appels d'offres, de les attribuer puis, pour les entreprises, de commander le matériel.
Je tiens à souligner la responsabilité du gouvernement : ce quai est vital pour le ravitaillement du territoire et, dans le contexte international que nous connaissons, pour la souveraineté nationale, compte tenu de la position stratégique de l'archipel à la sortie du Saint-Laurent. Or un navire militaire de capacité moyenne ne pourrait même pas y être alimenté en électricité, tant les infrastructures sont désuètes.
Je ne comprends pas qu'un pays comme la France – et son gouvernement – ne prennent pas en considération cette demande urgente. L'attentisme met le territoire en difficulté et coûtera, à terme, deux à trois fois plus cher.
Ne peut-on organiser une réunion interministérielle – outre-mer, défense, transports – pour trouver les 20 millions d'euros nécessaires aux services de l'État pour lancer la procédure – dont je répète que les effets concrets n'interviendraient pas avant 2028 ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche.
Mme Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche. Comme mes collègues que vous avez interpellés, en tant que ministre chargée de la mer et de la pêche, je me sens pleinement concernée par votre question. Je suis attachée à l'approche intégrée de notre politique maritime. En outre, je sais combien les outre-mer sont tournés vers la mer et ont besoin d'infrastructures adaptées.
Le gouvernement est pleinement engagé pour la qualité des infrastructures dans tout le territoire national, y compris ultramarin, et partage votre préoccupation concernant le port de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Le ministère des transports a déjà mobilisé une enveloppe de 13 millions d'euros dans le contrat de convergence et de transformation 2024-2027. Ces fonds financeront les travaux les plus urgents – pour 3 millions d'euros – et la remise en état du quai Avel Mad de Miquelon – pour 10 millions d'euros. Cet investissement d'urgence est supérieur à celui consenti pour d'autres ports ultramarins et le ministre des transports souhaite le préserver malgré les contraintes budgétaires.
Concernant les ressources humaines, le ministère des transports veille à la disponibilité des effectifs et des compétences au sein du service de l'État qui gère le port. Cela s'est concrétisé par le recrutement d'un cadre issu d'un grand port hexagonal en 2024 et par le maintien des effectifs en 2026.
Le besoin d'investissements complémentaires pour réhabiliter le quai du commerce à Saint-Pierre et le quai des pêcheurs à Miquelon est avéré. Il y va de la continuité territoriale et de l'autonomie stratégique du pays. Le ministre des transports travaille avec l'ensemble du gouvernement pour identifier les financements dédiés, qu'il faudra inscrire dans le prochain projet de loi de finances.
Soyez assuré de l'engagement du gouvernement pour l'entretien et le développement de l'ensemble des infrastructures stratégiques du pays, en métropole comme outre-mer.
Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Lenormand.
M. Stéphane Lenormand. Madame la ministre, votre réponse ne me satisfait pas, même si je reconnais que vous maniez la langue de bois diplomatique avec une certaine aisance. Je vais interpeller le premier ministre et les ministres concernés parce qu'il y a vraiment urgence à agir. Attendre le prochain budget, c'est-à-dire 2027, c'est reporter les interventions à 2029 ou 2030. Dans notre petit territoire, nous aimons les réponses claires : oui, non ou merde. Je ne manquerai donc pas de relancer l'État au plus haut niveau pour que, à tout le moins, une réunion regroupant les ministères concernés soit organisée.