POLICE NATIONALE À MARSEILLE
Mme la présidente. La parole est à M. Laurent Lhardit, pour exposer sa question, no 619, relative à la police nationale à Marseille.
M. Laurent Lhardit. Cette question s'adresse au ministre de l'intérieur, à qui je demande, pour Marseille, le renforcement des moyens de police nationale, la protection de celles et ceux qui se mobilisent contre les narcotrafics, ainsi que le retour formel d'un préfet de police de plein exercice dans notre ville.
L'assassinat de Mehdi Kessaci en octobre dernier a endeuillé notre ville entière ; nous savons que ce meurtre visait à intimider son frère, Amine Kessaci, militant de la lutte contre les narcotrafics. Ce drame met en lumière la vulnérabilité de ceux qui s'engagent, témoignent, alertent et refusent la loi du plus fort, souvent au péril de leur vie. La protection de ces citoyens constitue un enjeu majeur de sécurité publique, insuffisamment pris en compte par la loi contre le narcotrafic adoptée en 2025.
À Marseille, le maire a demandé dès 2021 la création d'un parquet spécialisé dédié à la lutte contre le narcotrafic. Le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) a été enfin créé le mois dernier, mais le temps qu'a pris sa création – cinq longues années ! –, montre la lenteur de la réponse institutionnelle face à une situation pourtant unanimement reconnue comme critique et urgente.
À Marseille, le manque d'enquêteurs de police judiciaire est souligné par tous les acteurs locaux. Ce manque ralentit les investigations, retarde les interpellations et permet aux réseaux criminels de prospérer.
D'autre part, vous le savez, votre prédécesseur Bruno Retailleau a pris une décision irresponsable en supprimant le préfet de police de plein exercice à Marseille, ce qui a profondément fragilisé l'organisation de l'État sur le terrain. Celui-ci assurait une coordination interministérielle indispensable et constituait un pilier essentiel du dispositif de sécurité dans notre ville. Cette décision est aujourd'hui perçue, notamment par les forces de l'ordre dont vous avez la responsabilité, comme incompréhensible : elle fragilise la chaîne de commandement face à des réseaux de plus en plus riches et puissants.
Dès lors, madame la ministre, je souhaite savoir quand le gouvernement entendra réarmer l'État à Marseille, assurer la protection de celles et ceux qui résistent aux réseaux criminels, renforcer durablement les moyens de la lutte contre le narcotrafic et redonner aux forces de sécurité les moyens nécessaires pour remplir efficacement leurs missions, en particulier donc en rétablissant le préfet de police de plein exercice à Marseille.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur.
Mme Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur. Je ne peux laisser dire que l'État serait aujourd'hui désarmé à Marseille. Sans même comptabiliser les CRS, la police nationale dispose à ce jour dans la ville de plus de 3 800 agents, auxquels s'ajoute un vivier de plus de 500 réservistes dont dispose la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN). Le service interdépartemental de police judiciaire de Marseille a vu ses effectifs passer entre fin 2016 et fin 2025 de 439 agents environ à 600, dont plus de 400 officiers de police judiciaire (OPJ).
Cela étant dit, le nombre de policiers ne suffira pas, hélas, à régler le problème. Nous devons aussi doter préfets et forces de l'ordre de moyens, notamment grâce à un décloisonnement total entre tous les services de police. C'est aussi le sens de la loi « narcotrafic », dont les dispositifs poursuivent leur montée en puissance.
Grâce à eux, en 2025, dans la circonscription de police de Marseille, le nombre d'homicides a reculé de 43 % et le nombre de règlements de comptes entre malfaiteurs de 67 %. Le combat se poursuit. Le plan en faveur de la filière investigation que le ministre présentera prochainement permettra aussi de renforcer dans la durée et en profondeur la police judiciaire, dont la compétence est au cœur du combat de l'État contre le narcobanditisme.
J'en viens maintenant à la question de la préfecture de police. Comme vous le savez, la fonction de préfet de police des Bouches-du-Rhône a été créée en 2012. Celui-ci disposait de compétences propres, exclusivement dans le domaine de la sécurité intérieure, et d'une autorité fonctionnelle sur les services de police. Ce modèle était toutefois peu lisible, notamment en matière de partage des compétences entre le préfet de département et le préfet de police des Bouches-du-Rhône – ce que la Cour des comptes a pointé dans son rapport de juillet 2024. La préfecture de police a donc été placée en juillet 2025 sous l'autorité du préfet de département, auquel a été confiée l'entière responsabilité de la conduite des politiques publiques de l'État en matière de sécurité.
Cette nouvelle organisation visait, avec cette chaîne de commandement préfectoral unifiée, à rendre plus lisibles et plus cohérentes l'action et la parole de l'État dans les Bouches-du-Rhône. Elle a donc été maintenue et confortée, en faveur du préfet de département, assisté d'une préfète de police déléguée. Le recours à ces différents éléments a pour objet de nous permettre de mieux répondre aux enjeux de sécurité.
Mme la présidente. La parole est à M. Laurent Lhardit.
M. Laurent Lhardit. Sans nous lancer dans une bataille de chiffres, nous savons que les effectifs de la police nationale n'ont pas encore retrouvé leur niveau de 2017 : ils ont peut-être augmenté, mais pas suffisamment. Concernant le préfet de police de plein exercice, nous sommes bien d'accord. Je ne veux pas jouer sur les mots, mais pourquoi ce qui fonctionne bien à Paris ne fonctionnerait-il pas à Marseille ? Il faut que vous preniez conscience que cette situation est devenue un symbole. Notre pays est en train de se réarmer pour faire face à de potentiels conflits sur des théâtres extérieurs, mais une autre guerre a cours sur le territoire national. Dans ce cadre, Marseille est une ville importante, pour ne pas dire un symbole.