LIGNE NOUVELLE PARIS-NORMANDIE
Mme la présidente. La parole est à M. Philippe Gosselin, pour exposer sa question, no 624, relative à la ligne nouvelle Paris-Normandie.
M. Philippe Gosselin. Je souhaite attirer l'attention du gouvernement sur l'avenir de la ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN). Ce qui apparaît, aux yeux de la Normandie occidentale, en particulier de la Manche, comme un revirement récent du projet suscite de très vives inquiétudes.
Le 14 janvier, une réunion s'est tenue avec le préfet Serge Castel, délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine. À cette occasion, les élus ont découvert la nouvelle feuille de route, issue du comité de pilotage du 9 janvier 2026. Force est de constater qu'elle recentre très largement le projet sur l'axe Paris-Mantes-Rouen-Le Havre. Sur ce tracé, bien évidemment, les besoins sont importants – nul ne les conteste. Cependant, les conclusions du comité de pilotage font naître une forte inquiétude, sachez-le. La crainte est réelle, en effet, de voir la Manche et plus largement l'Ouest normand marginalisés, voire mis à l'écart du projet. Cette inquiétude est – j'insiste sur ce point – très largement partagée, au-delà des clivages politiques, par l'ensemble des élus du département. Cela nous a conduits au vote d'une motion unanime – j'ai bien dit unanime – lors de la session du conseil départemental de la Manche du 13 février dernier.
Cette réorientation, si elle était confirmée, serait d'autant plus incompréhensible que la ligne nouvelle a été reconnue comme prioritaire par la commission Mobilité 21. Ce projet a été confirmé par le Conseil d'orientation des infrastructures et inscrit dans la loi d'orientation des mobilités de 2019 – cela fait beaucoup !
L'objectif initial est clair : désenclaver toute la Normandie et améliorer durablement – et non pas uniquement grâce à un effet placebo – la fiabilité et l'efficacité de la ligne Paris-Caen-Cherbourg.
Pour la Manche, département péninsulaire, l'enjeu dépasse largement la simple question du gain de temps – même si celui-ci est important. Il s'agit de garantir l'égalité d'accès aux mobilités, de renforcer l'attractivité du territoire et son aménagement et d'assurer la continuité territoriale ainsi que, bien sûr, le développement économique. Un tel projet constitue aussi une condition indispensable pour favoriser le report modal et atteindre nos objectifs climatiques.
Le respect des engagements est d'autant plus nécessaire que notre département concentre et concentrera des enjeux industriels majeurs, éminemment stratégiques pour la souveraineté de la France. C'est le cas notamment autour d'Orano : les investissements afférents sont colossaux pour les années à venir et L'Aval du futur sera, vous le savez, le plus grand chantier industriel d'Europe de ces prochaines années. Je n'oublie pas Naval Group, dont le plan de charge est particulièrement important et bien garni : ainsi, son site cherbourgeois aura la chance de participer à la construction de notre futur porte-avions. Je n'oublie pas non plus le développement de l'hydrolien.
Ce sont des milliers d'emplois qui seront à pourvoir très rapidement dans le département, ce qui requerra un accès facilité à notre territoire. Il est donc indispensable de disposer d'infrastructures de transport fiables et performantes. Dans ces conditions, la ligne nouvelle est au cœur du dispositif.
Ma question est double. Quelles sont aujourd'hui les intentions précises du gouvernement, s'agissant tant du périmètre que du calendrier de réalisation de la LNPN ? Surtout, pouvez-vous nous offrir la garantie – ce terme est très important – que la Manche et l'Ouest de la Normandie seront pleinement intégrés à ce projet ? Les engagements initiaux seront-ils respectés ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur.
M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Au nom de mon collègue Philippe Tabarot, ministre des transports, je pense être en mesure de vous rassurer pleinement. La LNPN est un projet d'intérêt national, parmi les plus importants de notre pays, qui vise à améliorer la desserte entre Paris, la vallée de la Seine et les très grandes villes normandes, à la fois du point de vue de la régularité, de la capacité et de la rapidité.
Le comité de pilotage du 9 janvier, qui a soulevé vos inquiétudes et celles de la plupart de vos collègues, a en réalité bien pris en compte l'importance de l'Ouest normand sur les plans économique, industriel et de la mobilité. Il a entériné en premier lieu le passage à quatre voies entre Mantes et Paris, qui permettra à la desserte de la Manche de gagner en fréquence et en rapidité. En second lieu – il s'agit là d'une nouveauté –, Philippe Tabarot a demandé que soit étudié dès 2026 l'ajout de solutions d'amélioration de la régularité et des temps de parcours sur la section Cherbourg-Caen-Paris et que ces solutions soient appliquées dès que possible. En troisième lieu, les principales agglomérations concernées, dont Caen et Cherbourg, ainsi que les départements du Calvados et de la Manche, sont désormais membres du comité technique du projet, ce qui constitue, vous en conviendrez, une avancée très significative.
À la demande du ministre des transports, le délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine se rendra le 10 avril à la préfecture de Saint-Lô pour donner des précisions sur les études menées au président du conseil départemental et aux parlementaires.
En vous communiquant ces éléments, j'espère vous avoir pleinement rassuré quant aux intentions du gouvernement, qui tient à associer et à intégrer à ce projet tous les territoires concernés, normands comme franciliens, au premier rang desquels la Manche.