Marie-Charlotte GarinMonsieur le premier ministre, parce que cela devrait être votre priorité, c'est à vous que je m'adresse, même si vous ne savez pas ce que c'est de trembler quand la clé tourne dans la serrure, quand les portes de placard claquent, quand on s'entend dire au commissariat que ça va passer.
En neuf jours, six femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Le temps passe, les associations alertent, les moyens manquent et les femmes meurent.
Imaginons que six acteurs soient morts pendant la durée du festival de Cannes, ce serait l'effroi sur ces bancs – mobilisation générale, minute de silence, hommage national, réaction de Matignon –, le pays tout entier serait à l'arrêt ! Mais Sylvie, Angelyne, Denise, Chloé, Céline, elles, n'ont droit à rien ou seulement à une pensée émue de vos ministres sur Twitter. Pourtant, votre job, ce n'est ni les pensées émues sur les réseaux ni les condoléances, mais l'action !
Vous êtes au pouvoir depuis dix ans et cela fait dix ans qu'on nous parle de grande cause du quinquennat... Vous savez ce qu'il se passe ? Aucune parlementaire féministe, aucune association, aucune victime, aucune famille de victime ne croit plus un mot de ce que vous annoncez. Parce que chaque annonce de mesures est une opération de communication, sans les moyens nécessaires. Sans argent pour sauver nos vies, nous ne voulons plus de vos belles paroles !
Monsieur le ministre, ma question est simple : combien faut-il encore de femmes tuées ? Notre réponse est tout aussi simple : nous voulons une loi-cadre, 3 milliards et une mobilisation générale de l'État.