Jean-Pierre Farandou,
Ministère du travail et des solidarités •
24 févr. 2026La démographie médicale en médecine du travail est structurellement en tension depuis plusieurs années, en lien notamment avec un déficit d'attractivité de la profession. Le nombre de médecins du travail est ainsi passé de 5 738 en 2012 à 4 853 en 2025, soit une baisse d'environ 15 %, alors même que la population active suivie augmente en parallèle. A cela s'ajoute une répartition inégale des praticiens sur le territoire, avec l'existence de déserts médicaux en santé au travail. La densité en médecins du travail a en effet diminué dans tous les départements sauf 8 entre 2010 et 2025 (hors départements et régions d'Outre-mer). Dans ce contexte, et afin de s'assurer d'un suivi effectif de la santé de l'ensemble des travailleurs, le ministère du Travail et des Solidarités est mobilisé et met en œuvre différentes mesures pour redynamiser la démographie de la profession. Plusieurs leviers ont été actionnés suite à l'adoption de la loi du 2 août 2021 pour répondre aux difficultés structurelles en matière de ressources médicales. Ils concernent notamment la délégation d'une partie des missions du médecin du travail à d'autres professionnels de santé. La loi prévoit ainsi que le médecin du travail peut déléguer sous sa responsabilité certaines missions aux membres de l'équipe pluridisciplinaire disposant de la qualification nécessaire. Il peut confier les visites et examens relevant du suivi individuel des travailleurs aux infirmiers en santé au travail, dans le cadre de protocoles écrits, à l'exclusion de l'examen médical d'aptitude et de son renouvellement, ainsi que de la visite post-exposition ou post-professionnelle. L'enquête menée par la direction générale du travail sur l'activité des services de prévention et de santé au travail a ainsi montré qu'en 2024, 48 % des visites médicales sont effectuées par des infirmiers en santé au travail. La loi a également créé la fonction de médecin praticien correspondant, à savoir un médecin de ville formé à la santé au travail, pour les visites les plus simples. Cette mesure, dont les modalités d'application ont été précisées par le décret du 27 décembre 2023 relatif au médecin praticien correspondant, ouvre à terme de nouvelles possibilités de recrutement dans les territoires concernés par la pénurie de médecins du travail. Également pour pallier les difficultés d'accès aux services de prévention et de santé au travail, la loi permet le recours à la télémédecine sous certaines conditions pour le suivi individuel du salarié. La mise en œuvre d'une téléconsultation se fait sous réserve de l'accord du salarié et doit garantir le respect de la confidentialité des échanges entre le professionnel de santé et le salarié. La télésanté représente ainsi une opportunité pour répondre aux besoins des entreprises et salariés situés dans des territoires sous-dotés en termes de ressources médicales et pour lesquels l'accès au service de prévention et de santé au travail est rendu difficile en raison de l'éloignement géographique. Au-delà des outils créés par la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, des réflexions sont menées par un groupe de travail dédié. Piloté par la direction générale du travail, il réunit plusieurs organisations et associations afin de construire un plan d'action renforçant l'attractivité de la médecine du travail. En matière de formation, plusieurs mesures sont envisagées afin de renforcer l'attractivité de la spécialité médecine du travail auprès des étudiants. Elles comprennent notamment le développement des possibilités de stage d'externat en médecine du travail pour mieux faire connaître la spécialité en amont des choix d'internat et un approfondissement de la formation théorique des internes de médecine générale sur les interactions possibles avec la santé au travail. Des actions de communication sont aussi prévues afin d'améliorer la connaissance des étudiants sur la médecine du travail et de lutter contre les discours dévalorisants. Pour renforcer le maillage territorial, le Gouvernement se donne pour objectif de renforcer les chaires d'enseignement de cette spécialité et, pour les territoires qui en sont dépourvus, il encourage le développement de passerelles entre les régions, par exemple en y favorisant la réalisation de stages. Afin de favoriser le recrutement de nouveaux médecins, les mesures envisagées sont la facilitation et la simplification des dispositifs de reconversion vers la médecine du travail (via par exemple la formation de collaborateur-médecin), et l'augmentation du nombre de médecins diplômés hors Union européenne autorisés à exercer pour cette spécialité. Ces évolutions nécessitent toutefois un travail important d'analyse et requièrent une concertation approfondie avec les partenaires sociaux. Certains leviers en matière de recrutement et d'attractivité doivent faire l'objet d'une collaboration renforcée entre administrations. Le ministère du Travail et des Solidarités, conscient des difficultés qui entravent l'effectivité du suivi de la santé au travail des travailleurs, poursuit ses efforts en vue de pallier le déficit en médecins du travail et ce, sur l'ensemble du territoire.