Le trafic maritime international connaît une très forte progression depuis 25 ans. Il constitue donc un enjeu majeur pour la sécurité d'approvisionnement des chaînes logistiques mondiales. Toute perturbation importante de ce trafic entraine des conséquences économiques significatives comme en témoignent à nouveau les effets de la crise actuelle au Moyen-Orient. Le Gouvernement est pleinement conscient de ces défis qui rappellent avec force la vulnérabilité de nos approvisionnements face à des aléas exogènes et soulignent l'importance de renforcer la résilience de notre économie. Il ne s'agit pas, pour autant, de prôner une relocalisation systématique de l'ensemble de notre production ou de viser une autarcie difficilement atteignable et, à beaucoup d'égards, contre-productive. La France et l'Europe ont toujours tiré parti des échanges internationaux et cette ouverture reste un atout majeur pour notre compétitivité, ainsi que pour notre résilience, par la diversification qu'elle permet de nos fournisseurs. Cependant, les crises successives – sanitaire, géopolitique, climatique – ont révélé la nécessité de repenser notre modèle pour concilier ouverture et sécurité économique. La réponse à apporter doit être nuancée et ciblée. Tous les secteurs ne présentent pas le même niveau de vulnérabilité et une relocalisation totale serait, pour certains, à la fois irréalisable et économiquement inefficace. C'est pourquoi l'action du Gouvernement s'articule autour de quatre axes principaux : diversifier, simplifier, investir et protéger. Pour réduire notre exposition aux risques liés à la concentration des flux, notamment maritimes, l'Union européenne multiplie les partenariats commerciaux avec des régions variées. Cette diversification géographique permet de sécuriser nos approvisionnements tout en limitant les effets d'un éventuel choc sur une route ou un fournisseur unique. La complexité réglementaire peut constituer un frein à la compétitivité de nos entreprises. Nous œuvrons donc à faciliter leur accès au marché intérieur européen, qui offre des économies d'échelle essentielles pour soutenir l'investissement et la modernisation de nos capacités de production. La relocalisation de certaines productions stratégiques nécessite des moyens financiers importants, que ce soit pour reconstituer des savoir-faire, rattraper notre retard sur des technologies émergentes, ou construire de nouvelles infrastructures industrielles. Pour y parvenir, nous mobilisons trois leviers : L'épargne européenne : comme le soulignent les rapports Draghi et Noyer-Kukies, il est crucial de canaliser l'épargne des européens vers des investissements productifs. La création d'une union de l'épargne et de l'investissement à l'échelle européenne s'inscrit dans cette logique. L'attractivité des investissements étrangers : nous veillons à ce que ces investissements créent de la valeur sur notre territoire, en favorisant l'emploi local, l'utilisation d'intrants européens et l'ancrage de la propriété intellectuelle en Europe. La proposition de la Commission européenne pour un « accélérateur industriel » (Industrial Accelerator Act) va dans ce sens. Le « Made in Europe » : il s'agit de s'assurer que l'argent européen bénéficie aux acteurs qui créent de la valeur sur le sol européen, en soutenant à la fois les industriels existants et en attirant de nouvelles implantations. Enfin, protéger ; face à une concurrence internationale de plus en plus importante, il est primordial de garantir des conditions équitables pour nos entreprises, notamment sur des segments émergents. Nous utilisons pour cela les instruments de défense commerciale dont dispose l'Union européenne. En conclusion, la relocalisation ne peut être la seule réponse aux risques d'approvisionnement ni à l'impératif de résilience et de souveraineté auquel nos économies font face. Il convient de cibler les secteurs stratégiques, de diversifier nos sources d'approvisionnement et de créer les conditions favorables à l'investissement et à la compétitivité en France et en Europe. Cette approche pragmatique, à la fois réaliste et ambitieuse, est la seule à même de concilier résilience économique et ouverture au commerce international.