💬Attaques racistesMme la présidente. La parole est à Mme Sabrina Sebaihi.
Mme Sabrina Sebaihi. « Dehors, sales Nègres et sales Arabes ! » : c'est par ces mots qu'un homme, sorti de chez lui avec une carabine, s'est adressé à des enfants de 10 ans, en Haute-Loire, le 19 avril, tirant et les mettant en joue.
Dans n'importe quelle société, cet acte aurait déjà été qualifié d'attaque terroriste, mais dans notre pays, parce qu'ils sont Noirs, parce qu'ils sont Arabes, même les insultes racistes ont disparu de la déposition initiale, obligeant le père de l'un des enfants à se battre pour que la vérité ne soit pas réécrite. Pire, l'auteur de cet acte a été relâché au bout de quelques heures.
Combien de Djamel Bendjaballah, d'Hichem Miraoui et d'Aboubakar Cissé vous faudra-t-il avant de réagir ? Des enfants sont visés pour ce qu'ils sont par un homme qui, quelque temps auparavant, tournait une vidéo dans laquelle il se disait fier d'être raciste, mais vos ministres hésitent encore à qualifier cet acte. Votre porte-parole regarde ailleurs lorsqu'on l'interroge en conférence de presse et votre ministre chargée de la lutte – ou plutôt du doute – contre tous les racismes commente sur les réseaux sociaux : « si le motif raciste devait être confirmé ». L'assaillant lui-même a pourtant revendiqué être raciste ! Une fois de plus, vous illustrez votre « deux poids, deux mesures ».
Ce climat est fabriqué et alimenté jour après jour, plateau après plateau, par des chaînes qui banalisent la haine, par des discours politiques qui désignent des boucs émissaires et par une extrême droite qui a imposé ses obsessions au cœur du débat public, et jusque dans vos rangs.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – M. Emmanuel Fernandes applaudit également.) À force de répéter que certains Français seraient de trop, à force de hiérarchiser des vies, de laisser dire l'indicible, on finit par rendre possible l'irréparable. Oui, le racisme tue ! Il arme les terroristes qui s'en prennent aux enfants dans notre République, aux enfants de notre République.
Monsieur le premier ministre, votre rôle est de les protéger tous, quelle que soit leur couleur de peau ou leur religion. Ne pas condamner, ne pas nommer le racisme, c'est déjà le cautionner. Alors, au lieu de commenter la haine, votre gouvernement devrait plutôt la combattre. Sinon, ne vous étonnez plus qu'elle se transforme en passage à l'acte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et GDR.)Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nuñez, ministre de l'intérieur. Je vous ferai bien sûr la même réponse que celle que j'ai faite à Antoine Léaument. Pour commencer, revenons aux faits. Dans l'après-midi du 19 avril, les effectifs de police sont requis pour interpeller un individu qui fait usage d'armes à feu sur la voie publique. L'intervention et l'interpellation sont immédiates. L'individu reconnaît avoir acheté une carabine à air comprimé pour intimider des enfants qui le dérangent. Il reconnaît même avoir tiré en l'air. Il est placé en garde à vue, puis relâché, mais il fait l'objet d'une COPJ. Début juillet, cet homme devra répondre de violence avec arme devant la justice. Cette affaire a eu un écho national et suscité le débat, des propos à caractère raciste ayant incontestablement été tenus. L'individu affirme lui-même qu'il est fier d'être raciste. Toutefois, au moment de la première procédure, ce fait n'avait pas été porté à connaissance.
M. Emmanuel Fernandes. Bien sûr que si ! Les victimes l'ont signalé immédiatement !
M. Laurent Nuñez, ministre. Il l'a été par la suite. Le procureur de la République de la Haute-Loire a immédiatement réagi en ouvrant une nouvelle procédure du fait de ces propos inacceptables et condamnables. D'ailleurs, la nouvelle procédure a été étendue à la première. Nous avons en effet de bonnes raisons de penser que la vidéo dans laquelle on le voit tenir ces propos ignobles a été tournée au même endroit que celui où il a fait usage de l'arme. Il y aura donc des poursuites et la justice fera son office. Le procureur de la République a communiqué en ce sens et les policiers ont interpellé l'individu. Ils seront extrêmement vigilants quant à cette affaire.
Madame la députée, je vous redis ce que j'ai dit à Antoine Léaument : ne laissez pas penser qu'il y a un « deux poids, deux mesures » dans l'action du gouvernement, du ministre de l'intérieur et du garde des sceaux contre les attaques racistes. Nous sommes intraitables contre le racisme quel qu'il soit. Nous condamnons très fermement les propos qui ont été tenus en Haute-Loire. Ils sont inacceptables et l'individu qui les a tenus sera poursuivi.