💬Cinémas indépendantsMme la présidente. La parole est à M. Sylvain Berrios.
M. Sylvain Berrios. Depuis quelques mois, dans le monde du cinéma, une stratégie silencieuse est à l'œuvre et pourrait annoncer la fin programmée des salles de cinéma indépendantes et municipales. Les cinémas de quartier assument un rôle important tant pour le développement du cinéma d'art et d'essai que pour l'accès de tous à la culture, grâce à des tarifs avantageux et à des partenariats locaux noués avec le monde scolaire. Dans le Val-de-Marne, des cinémas tels que Le Lido, à Saint-Maur-des-Fossés, et le Centre des bords de Marne, au Perreux-sur-Marne, chez ma collègue Sandrine Lalanne, sont des exemples précieux.
Le cinéma, qui bénéficie d'un financement public annuel de plus de 1 milliard d'euros, participe pleinement à l'exception culturelle française. Pourtant, les grands groupes ont décidé d'imposer de nouvelles règles de distribution, qui excluent de fait les salles de cinéma municipales et indépendantes, les privant de recettes, au bénéfice exclusif des grands multiplexes. Il n'est pas acceptable que l'argent public bénéficie
in fine aux seuls grands multiplexes jusqu'à mettre en péril les salles indépendantes et municipales et l'accès à la culture pour tous. Ma question est simple, madame la ministre : que comptez-vous faire pour garantir aux petites salles indépendantes et municipales un accès équitable aux sorties nationales et permettre à tous les Français d'aller au cinéma ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et SOC.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Catherine Pégard, ministre de la culture. Vous avez tout à fait raison de rappeler le rôle fondamental et indispensable des salles de cinéma, notamment des salles d'art et d'essai, pour la vitalité de nos territoires. Vous l'avez dit, elles sont essentielles pour l'accès de tous à la culture et, tout simplement, pour le divertissement des Français. En France, 90 % de la population vit à moins de trente minutes d'une salle de cinéma. Grâce aussi aux circuits itinérants présents dans tous les territoires ruraux, il n'y a plus aujourd'hui un seul désert cinématographique en France. Nous y tenons ! Le CNC soutient toutes les salles de cinéma et 60 % de ce soutien va aux salles petites et moyennes. Vous avez cependant raison de rappeler les fragilités et les tensions qui touchent la filière.
Dans un contexte où la fréquentation a baissé dans le monde entier, si nous voulons que la France reste un grand pays de cinéma, il est essentiel de défendre la diversité des œuvres, mais aussi la diversité des modes d'exploitation, face aux grands groupes et aux multiplexes. Pour lutter contre les tensions que vous avez rappelées, le CNC a réuni depuis plusieurs semaines un comité de concertation qui élabore des solutions. Je serai particulièrement attentive aux suites qui lui seront données et j'envisagerai des actions si elles me semblent insuffisantes. Je remarque que ces fragilités et ces tensions ne sont pas propres à la France. Dans le monde entier, le cinéma est fragilisé mais notre pays résiste mieux que d'autres, précisément grâce à son modèle, celui du CNC, qui contribue à l'irrigation cinématographique de tout le territoire. Nous souhaitons évidemment maintenir ce modèle.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.)Mme la présidente. La parole est à M. Sylvain Berrios.
M. Sylvain Berrios. Il est urgent d'agir et d'agir de concert ! Dans quelques jours, avec Sandrine Lalanne et d'autres députés, nous serons plusieurs dizaines à vous saisir sur ce sujet, important à plusieurs titres : pour l'accès de tous à la culture, pour l'œuvre pédagogique que nous produisons avec les écoles et pour le cinéma français tout court. Vous pouvez compter sur notre détermination pour vous accompagner dans ce combat.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes HOR, EPR, DR et Dem.)