Florence Parly,
Ministère des armées •
18 févr. 2020Les autorisations préalables d'exportation de matériels de guerre délivrées reposent sur un ensemble de considérations liées, au premier chef, au respect de nos engagements internationaux, à la lutte contre la prolifération, à la protection de nos forces et de celles de nos alliés ainsi qu'aux enjeux de stabilité et de sécurité régionales ou internationales. Par ailleurs, elles tiennent compte des enjeux économiques, industriels et de renforcement de notre base industrielle et technologique de défense dont dépendent notre autonomie stratégique et notre souveraineté. Le respect de la position commune de l'Union européenne 2008/944/PESC du Conseil du 8 décembre 2008 définissant des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologies et d'équipements militaires, et du Traité sur le commerce des armes (TCA) est systématiquement observé dans la mise en œuvre de la réglementation relative aux exportations d'armement. A ce titre, le TCA rappelle dans son préambule le principe du « respect de l'intérêt légitime reconnu à tout État d'acquérir des armes classiques pour exercer son droit de légitime défense et contribuer à des opérations de maintien de la paix, et de produire, exporter, importer et transférer des armes classiques ». Dans le cas, de la guerre au Yémen, comme pour chaque crise régionale, une attention particulière est portée pour discerner lors de l'instruction de toute demande d'autorisation, l'ensemble des risques et leurs conséquences potentiellement négatives, en conformité avec les engagements internationaux de la France. Cette instruction repose sur une analyse au cas par cas systématique des demandes de licence. Dans le cas présent, les pays mentionnés, contraints de défendre leurs territoires face à des agressions territoriales et contre leur population civile, bénéficient également du soutien massif d'autres pays occidentaux. Aussi, il apparaît légitime d'autoriser, de manière ciblée, certaines exportations et de considérer, le cas échéant, des mesures de remédiation des risques d'utilisation inappropriée, conformément aux règles et principes fixés par le droit international applicable. La France est particulièrement vigilante sur les risques de détournement vers des tiers des armes exportées, d'emploi d'armements à l'encontre des populations civiles ou dans des conditions contraires au droit international humanitaire. S'agissant du blocus maritime, il est utile de rappeler que c'est le Conseil de Sécurité, par sa résolution 2216 adoptée le 14 avril 2015, qui a instauré un embargo sur les armes à destination des Houthis et de leurs alliés (en l'occurrence le clan de l'ancien président Saleh, aujourd'hui décédé). Tous les Etats membres et en particulier les Etats voisins du Yémen doivent inspecter les chargements à destination du Yémen en cas de soupçons de non-respect dudit embargo. Ainsi, il n'est pas anormal que la Coalition ait mis en place des inspections des flux de marchandises à destination du Yémen, notamment sur la façade ouest du pays (port d'Hodeïda) dont certaines parties restent sous contrôle houthi. Face à cette situation, l'une des actions de la France a été de proposer de fluidifier ces opérations de contrôle en renforçant le processus UNVIM (UN Verification and Inspection Mechanism) et en le plaçant sous responsabilité onusienne. La création d'une mission onusienne de soutien à l'Accord sur Hodeïda (MINUAAH) doit répondre à cet objectif. Conformément à l'article 20 de la Constitution, « le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Or, par leur objet même, qui est de fournir des États en équipements militaires, les autorisations d'exportation d'armes relèvent indissociablement de la politique étrangère de la France. L'appréciation des demandes d'autorisation est ainsi menée dans le cadre de la conduite par le Gouvernement des relations internationales de la France. En application du principe de séparation des pouvoirs, les licences de transfert ou d'exportation de matériels de guerre et matériels assimilés sont signées par le Premier ministre ou par délégation par la secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), sur avis de la commission interministérielle pour l'étude des exportations des matériels de guerre (CIEEMG). Le Parlement dispose de plusieurs moyens pour exercer sa mission de contrôle de l'action du Gouvernement dans ce domaine éminemment régalien. Outre l'examen du Rapport annuel au Parlement sur les exportations d'armement de la France, les membres des deux assemblées peuvent auditionner les représentants de l'autorité administrative et poser des questions écrites au Gouvernement sur sa politique de contrôle des exportations de matériels de guerre. Le recours à la mission d'information, à l'instar de celle mise en place par l'Assemblée nationale et portant justement sur le contrôle des exportations d'armement, constitue également un moyen pour le Parlement d'exercer son rôle de contrôle du Gouvernement.